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vaisseaux pourront être radoubés. L'après-midi il alla à Hyeres, d'où il revint le soir.

· Comme M. le comte de Falckenstein s'est trou. vé à Toulon en même tems que Monsieur , frere du roi, il convient de placer ici la suite des détails concernant le voyage de S. A. R.

Monsieur venant de Marmande se rendit à Toulouse. Le 20 Juin, ce prince a bien voulu admettre la compagnie royale des pénitens bleus de cette ville à lui présenter l'hommage de son profond respect & de fa vénération; M. Monssiniat, adjudant au parlement, syndic de cette compagnie, a eu l'honneur de porter la parole, en l'absence de M. le comte de Paulo, prieur , à la tête d'une députation composée de 30 gentils-. hommes les plus distingués de la ville.

Le 21, Monsieur , accompagé de tous les seie: gneurs

de la suite, a fait l'honneur à cette compagnie de visiter sa chapelle, belle par elle même, & qu'on avoit magnifiquement décorée. Il fut reçu, la croix levée, & avec un dais porté par 6 gentilshommes en habit de pénitent. L'are chevêque, qui avoit précédé le prince de quelques instans, se trouva à la tête de la compagnie, & d'un clergé nombreux, lui présenta de l'eau bénite , & dit l'oraison après le Domine Selvum fac regem à grands cheurs & en fimphonie; pendant qu'on l'exécutoit Monsieur demeura à genoux dans le fan&uaire, appuyé sur un prie-dieu couvert d'un tapis de velours cramoili brodé en or, & d'un sac de pénitent bleu, au-dessus duquel étoit le registre où le prince reconnoissoit sa signature , & celle de tous les rois de France ses ayeux. Ce prince a bien voue lu accorder cette marque de diftin&ion à cette compagnie, qui doit son existence & ses privileges à la piété de nos rois , & a le glorieux avan. tage de compter tous les princes du sang royal au nombre de ses bienfaiteurs. Après que le prince fut forti de la chapelle, les pénitens bleus délibérerent de faire célébrer chaque jour une messe , & de chanter l'Exaudiat jusqu'au jour de son retour à Versailles inclusivement, ce qui s'exécute avec beaucoup d'édification, & attire un concours prodigieux.

Monsieur, en arrivant à Beziers par le canal, fur salué à la montagne nommée Mal-pas, pac une compagnie de dragons, vêtue de l'uniforme de fon régiment, composée de 80 jeunes gens d'élite ; aux neuf éclules une autre compagnie de 60 maxres vêtue couleur ventre de biche à revers bleus, & galonnée d'argent , se présenta. Les écluses illuminées formoient un coup d'ail unique. Au moment où Monsieur sortit de la barque, 60 bergers & bergeres, vêtus du meilleur gout, formerent un ballet champêtre, & précéderent le prince jusqu'à la porte de la ville, ou les officiers municipaux lui présenterent les clefs, & le haranguerent. Les rues étoient illuminées tapissées, sablées, & bordées par le régiment de Vermandois. Le présidial harangua le prince à l'évêché, où il soupa & coucha; le lendemain le prince entendit la messe à la cathédrale , & partit ensuite pour Agde, précédé & suivi du cortege de la veille. Monsieur

ayant pris la route par terre arriva & Cette le 27' , à 6 h. &_demie du soir. Ce prince vint descendre devant la maison préparée pour le recevoir , & dont la façade offroit une trèsbelle décoration. Il fut reçu à la porte de cette maison par l'évêque de Montpellier, le marquis de Calviffon , baron des états, le marquis de Mont-Ferrier, syndic-général de la province, & son fils, aussi' syndic-général, reçu en lurvivance.

Apès avoir vu du balcon de son appartement Apút. ib. quinz. 1777

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les jolres qu'on avoit préparées sur le canal qui conduit au port, & qui furent exécutées au milieu d'une flotille de 60 petits bateaux décorés, Monsieur se rendit à pied au port, & au fort St. Louis, accoinpagné par un peuple immense qui faisoit retentir l'air de ses acclamations, & des cris de vive le roi , vive Monsieur. Ce prince examina le môle & le fort, vit travailler un poncon que les commissaires des états avoient fait tenir armé ; & à l'entrée de la nuit, il s'embarqua dans la chaloupe de la province, traversa le port,

&

vogua vers le canal au milieu de la flotille des joåteurs. Les deux bords du canal, & les maisons situées sur le canal étoient pour lors illuminés ; & Monsieur étant rentré, on exécuta un feu d'artifice préparé de l'autre côté, visà-vis de la maison qu'occupoit ce prince, & dont il alluma lui-même le curseur avec un soufflon que M. de Mont-Ferrier, le fils , eut l'honneur de lui présenter.

Ce prince , après le feu , dont il parut fatisfait , ainsi que de tout ce qu'il avoit vu jusqu'alors, soupa à une table de 15 couverts. L'évêa que de Montpellier & le marquis de Calviffon baron des étais, furent du nombre des convives. Le marquis de Mont-Ferrier, syndic-général, eut l'honneur de servir le prince , qui partit de Certe le 28, vers 9 heures du matin, pour se rendre à Montpellier. Il a été escorté à son départ, ainsi qu'il l'avoit été à bon arrivée, par une troue pe de cavalerie, formée des négocians de la ville, & portant l'uniforme de ses gardes.

A Montpellier le prince alla descendre à l'intendance où M. de St. Priest avoit tour disposé pour le recevoir : il y dîna, vit la superbe place du Peyrou , & continua sa route pour Nîmes.

Ona laillé M. le comte de Falckenstein à Tous

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lon, od Monfieur arriva le 4 Juillet, à 8 h du foir; le corps de la marine & les troupes de terre reçurent S. A. R. à la porte de la ville, & ce prince se rendit , au bruit d'une salve générale de toute l'artillerie de la place, à l'hôtel du marquis de St. Aignan, destiné pour le recevoir. La rue royale étoit tapissée & illuminée.

Le 5, Monsieur vit lancer à l'eau le vaisseau le Caton; cette manquvre réussit au mieux, & le prince témoigna fa fatisfaction de ce spectacle. On avoit dretié des amphithéâtres où M. le comte de Falckenstein parur. Ensuite Monsieur alla visiter la corderie , le cabinet du Sr. Grognard, & le bassin ; il fut toujours accompagné des sei--gneurs de la suite, & du corps de la marine ; les troupes bordoient la haie. Après avoir dîné avec M. le comte de Falckenstein chez le marquis de St. Aignan, le prince s'embarqua sur son canot pour se rendre à la grosse tour, & il fut lalué par le vaisseau amiral, & par toute l'escadre, de 21 coups

de canon. Pendant ce tems le régiment de Navarre débarqua du chebeck le Caméléon, commandé par le chevalier de Bras , & s'embarqua sur des chaloupes canonnieres pour faire une descente, & pour attaquer la grofle tour. Le régiment de Foix s'oppofa à la descente, le combat s'engagea, l'avantage fut longtems balancé; mais enfin la vi&oire se déclara pour le régiment de Foix, qui força les alliégeans à se rembarquer; le chebec leva l'ancre, & fit deux ou trois bordées à la voile. Le prince se rembarqua alors très-fatisfait du spectacle de cette petite guerre.

M. le comte de Falckenstein passa à Avignon le 8, à 3 h. après midi; l'empressement de voir ce prince étoit général , mais il ne s'est arrêté que pour changer de chevaux.

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Monfieur fut reçu le 11 au bac d'Orgon, son entrée dans le comtat d'Avignon, par le vice-légat & l'archevêque, qui le suivirent à Cavaillon, où il dîna chez l'évêque de cette ville; il alla voir après diner la fontaine de Vaucluse & arriva le même jour, à 9 h. & demie du foir à Avignon. Ce prince fut reçu à la porte de la ville par les viguiers, consuls & aflefleur, avec le dais qu'il refusa. La marquise de Blacas eut l'hon. neur de lui présenter dans un bassin les clefs de la ville, avec des fleurs qu'il accepta. Des troupes

bordoient la haie, ainsi que les compagnies bourgeoises levées à cette occasion, & toutes en uniforme verd, revers & paremens rouges ; la compagnie de l'arc, en habillement turc, bor. doit le cours St. Michel , qui étoit illuminé.

Monsieur descendit à l'hôtel de Crillon, où il fut reçu par la comtesse de Brancas, fæur du duc de Crillon; ce prince étant à table , les dames de la ville eurent l'honneur de lui être présentées.

Le 12, Monsieur fut harangué, de la part de la ville, par l'affeífeur ; il déjeuna, & fe rendi: à pied à la métropole, où il fut reçu par l'archevêque a la tête du chapitre; S. A. R., après avoir entendu la meffe, monta en voiture, & continua sa route vers Montelimar.

On dit qu'après lon départ de Caen , M. le comte de Falckenstein pallant une riviere dans le bac, fut reconnu par trois paysannes qui 1çavoient qu'il devoit prendre ce chemin. La plus hardie lui dit: Monseigneur, vous êtes le beau-frere de notre bon roi, vous devriez bien lui dire de nous rendre nos hommes, qui sont -bas sur le bateau, pour la contrebande ; cela nous rendroit bien joyeuses. On ajoute que l'illuftre voyageur se fit expliquer de quoi il étoit question, & qu'il nota sur ses tablettes les noms de ces malheureux pour s'en souvenir.

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