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24 Long. Tu Merid de l'1. de rer. Bureau des Resolutions de Paris, rue des Marmes P." S*GN° 20.

RÉVOLUTIONS

DE PARIS,
DÉDIÉ ES A LA NATION

Et au District des Petits-Augustins.
Avec gravures analogues aux différens événemens,

et les cartes des départemens.
SE C O N D E Α Ν Ν Ε Ε

DI LA LIBERTÉ FRANÇAIS L.
SIXIÈME TRIMESTRE.

Les grands ne nous paroissent grands
Que parce que nous sommes à genoux.

... Levons-nous.

NS DE PARIS. SEUL PROPR

PRUDHOMME.
TOATA SIG WALIOH II

Du 9

AU

DE TAILS

16 OCTOB A E 1790. Réflexions sur la vraie manière d'honorer la

mémoire d'un écrivain patriote. La douleur de l'amitié est presque toujours profonde, silencieuse , ennemie de l'éclat ; ou si quelquefois elle parle de ses pertes, si elle peint les No. 66.

А

vertus de l'homme qu'elle pleure, un seul mot lui suffit; et ce mot est l'explosion du sentiment. C'est un éclair; c'est enfin l'épanchement sublime de M. le Gendre sur la tombe de Loustalot.

Un éloge est rarement l'hommage de l'amitié; le cour ne se soumet poiot au joug de l'esprit, et dans tout éloge d'apprêt, c'est l'art qui dicte, c'est l'indifférence qui parle, c'est même souvent la malice qui inspire.

Mais si l'amitié ne peut jamais s'acquitter de cet emploi, faut-il donc que les orateurs renoncent à la gloire de louer les grands hommes ? Non, sans doute. Mais qu'il est difficile , qu'il est rare d'étre digne d'un tel honneur!

Cet emploi est le seul peut-être où l'oubli de coimême se revête d'un caractère sacré. Il faut que l'orateur qui se charge de l'éloge public d'un grand homme, mette entre son auditoire et lui la vie de celui qu'il célèbre; que caché derrière, se dérobant à ceux, niême qui l'écoutent, le colosse de son héros le mette à l'abri de tous les regards; et tandis que la mort semble le lui prêter un moment pour instruire les humains par le récit de ses vertus, qu'il reste pour ainsi dire en otage dans le cercueil de celui que son éloquence ressuscite.

C'est à ces traits que l'on reconnoitroit dans l'orateur, sinon l'ami de l'homme dont il honore la cendre , du moins le citoyen généreux et modeste; mais si dans la tribune il fait asseoir à ses côtés l'ombre de son héros , si cette ombre ne lui sert qu'à mettre en lumière ses propres qualités, si lorsque son art provoque les larmés par le souvenir de la perte qu'il déplore , son adresse les dessèche en se désignant comme l'unique dédommagement de cette perte, on peut dire alors que le deuil de cet orateur ressemble à celui des rois qui montent sur le trône. La sensibilité n'est plus où la joie de succéder est tout.'

Loustalot fut notre anii, notre frère, notre compagnon dans nos travaux. L'amour de la vérité étoit le premiur anneau de la chaine qui nous unissoit ; c'est cet amour de la vérité qui survit à tous les hommes, qui nous apprend encore à apprécier les fleurs que l'on répand sur sa tombe. Et de même que notre haine seroit le juste partage de quiconque déchireroit sa mémoire, de même aussi ne doit-on pas écrire qu'il suflise d'encenser Loustalot

pour devenir à nos yeux un être sacré. Nous savons assez qu'il est rare que le prêtre qui prône son culte, n'ait pas un intérêt secret à faire adorer soa idole.

Cet intérêt secret, par exemple, perceroit dans Forateur, si, prononçanti'éloge d'un grand homme, il restoit dans son cour une place que les applaudissemens pussent chatouiller délicieusement; si au milieu du désordre de la douleur, il avoit la sung-froid de numérer les acclamations, et la force de les déorire. O liberté! garantis à jamais de cette foiblesse les orateurs francais! Où en serions nous, si sous ton règne is goûtoient encore les jouissances qui consoloient jadis les panegyristes des tyrans, du measonge et de la bassese de leurs louanges ?

Cet intérêt perceroit encore, par exemple, si l'on répandoit sur l'éloge de Loustalot cette teinte de flatterie qui distinguoit autrefois l'histoire de nos monarques. On ne s'occupoit que d'eux, et les peuples dont les sueurs les avoient nourris, les mortels généreux dont le bras les avoit couverts de l'égide de la sagesse, les héros qui les avoient investis de leur courage, trop souvent écrasés de leur vivant sous le despotisme de ces maitres superbes, étoient encore condamnés à l'injure de l'oubli sous l'infidèle burin de l'historien servile. S'il existoitun éloge de Loustalot, composé dans cet esprit, il outrageroit ses manes en dégradant ses amis. L'ouvrage des Révolutions de Paris fut le gymnase où Loustalot combattit dignement contre les ennemis du bien public; mais j'ai la noble fierté de me citer

ici moi-même : c'est moi dont les mains eurent la patriotique audace de bâtir les murs de ce gymnase, d'él ver ce boulevard conservateur de la liberté de ma patrie; et tandis qu'au dedans, Loustalot forgeoit sans cesse des traits pour frapper les pervers, seul je me montrois au-dehors de l'édifice , non nom s'imprimoit sur tous ses parois, et j'étois l'uoique talisman qui conjuroit, bravoit et repoussoit les orages. Le destin de ces murailles étoit-il donc attaché à la perte prématurée de mon malheureux ami? Etoit-il écrit qu'elles s'écrouleroient pour lui servir de cercueil ? La mort d'un patriote éteintelle le flambeau du patriotisme ? Loustalot est la preuve que je me connoissois en soldats de la liberté, que je savois bien choisir mes frères d'armer. Je vis encore : et parce que mon courago a pris le deuil, a-t-il cessé d'être le même ?

J'ai vu Loustalot..... et ma doa'eur amère peut à peine l'écrire. J'ai vu Loustalot descendre dans la tombe ; mais je l'ai vu tel que Rome vit jadis Régulus retourner à ses fers. Mes pleurs ne m'ort point appris à désespérer du salut de la république : : je perdois le bras qui tant de fois avoit terrassé les Africains; mais regardant autour de moi, je vis la ruine de Carthage écrite d'avance sur mille fronts, et je me dis avec confiance : Rome est en sureté, Loin de moi donc cette huniilité d'apprêt qui me feroit dire que nous avons perdu notre maitre à tous. Franc comme la liberté, je déclare que dans la défense du patriotisme je ne connois que des émules ; et que le seul à qui j'acoorderois ce titre de maitre, si repoussant pour l'homme libre, seroit l'écrivain réservé à périr le dernier pour la défense des droits du peuple.

O Loustalot! toi dont les vertus ont maintenant reçu cette couronne qui n'est point sur la terre, ton nom cher à la patrie, quelle que soit la manière dont on le loue , ton nom, dis-je, ne deviendra jamais l'arma destructive de l'ouvrage que tu In'aidas à embellir. Ta mort n'éveillera point la

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