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concentrer le pouvoir, et pour le remettre plus facilement entre les mains d'un seul; nous nous attendions bien à voir sous peu de temps la première ébauche de cette opération désastreuse. Notre attente a été remplie trop tôt, sans doute, si nous considérons le malheur de la chose publique, que nous voyons évidemment en proie aux conspirations sourdes et subtiles de nos ennemis ; mais fort à propos si nous devons regarder comme un bonheur que les traitres ne puissent, contre la patrie, ourdir aucune trame qui ne soit révélée et détruite par la force des choses, et la réaction inévitable de cette même liberté, que tant de gens veulent étouffer dans son berceau.

Nous prions les citoyens, de relire l'article de notre no. 70, page 224; ils y verront mot à mot ce qui vient de se passer dans les départemens de la Sarthe, de l'Ain et du War.

Le sieur Mortier, procureur-syndic du département de la Sarthe, vient de jeter le trouble et la discorde dans ce département, en s'y portant le moteur du projet de réduction que nous avons dénoncé. Il a, ainsi que nous l'avions présumé, pris le prétexte d'une économie apparente pour faire réussir ce détestable projet dont il étoit et est encore l'apôtre délégué par les conspirateurs du centre, c'est-à-dire, par la cour, les ministres, complices et adhérens. Le sieur Mortier, pour håter son opération, s'est adressé au directoire de son département, qui en a référé à la session du conseil. Nonobstant cela, ce procureur-syndic, de son autorité privée, a envoyé à toute bride, par des cavaliers de maréchaussée, à toutes les municipalités du département, et à deux reprises, une lettre circuLire, dont le contenu perfide et fallacieux tend à forcer la main aux municipalités pour les faire consentir à la réduction dont il est le seul vrai pro. moteur. Quelques municipalités ont adhéré sans réflexion; mais elles n'ont pas tardé à réclamer hautement contre leur adhésion. A peine le plan

et

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et la conspiration du sieur Mortier ont ils été bien connus dans le département de la Sarthe, qu'à l'étonnement le plus profond ont succédé la subversion, l'alarme et le bouleversement de toutes les affaires. Il faudra du temps pour calmer les craintes et l'effervescence qu'ont produites les menées du procureur-syndic. La confiance publique est encore une fois ébranlée dans ce pays.

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Le sieur Mortier n'a rien négligé pour bien servir ses patrons et leurs projets: il a tout employé, et avec une célérité qui dénote assez combien il avoit à compter sur le résultat de son opération, et quels appuis il sentoit derrière lui pour le garantir des suites de son entreprise.

Le sieur Mortier a poussé la prévarication jusqu'à envoyer des formules d'adhésion dans les campagaes, par ses émissaires. Cet homme est absolument dans le chemin de nos corrompus. Après avoir calculé le mal qu'il veut faire, il prend la méthode, aussi aisée qu'impudente, d'attribuer ce mal aux corporations qu'il veut détruire.

Les habitans des départemens de la Sarthe, de l'Ain et du War, alarmés de la conspiration qui les a subitement assaillis, sont venus à la hâte se présenter à l'assemblée nationale; leur cri a été si terrible, leur resentiment si profond, et leurs raisons si pressantes, que l'assemblée a rendu le décret suivant :

«L'assemblée nationale, après avoir entendu le rapport du comité de constitution, considérant que les justiciables et les administrés des districts des départemens de l'Ain, de la Sarthe et du War n'ont pas émis leur vou pour la suppression demandée de leurs districts respectifs;

« Décrète qu'il n'y a lieu à délibérer sur les pétitions des administrateurs de ces départemens.

«Se réserve l'assemblée nationale de régler, dans un décret particulier, par quels organes et dans quelle forme les administrés et justiciables qui demanderoient la réduction de leurs districts,

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N'. 72.

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pourront manifester leur vou et le présenter aux législatures suivantes.

Section de la Fontaine de Grenelle.

Chez un peuple enthousiaste, la stupide idolâtrie pour les hommes en place s'inocule avec la plus grande facilité. Quand on est las de se prosterner devant les chefs, on se met à adorer les subal

ternes.

Qui auroit cru que M. de Gouvion seroit devenu l'objet du culte des sections de Paris? Celle de la Fontaine de Grenelle, alarmée de la démission feinte du major-général de l'armée parisienne vient de consigner ses craintes dans un arrêté où le rédacteur, qui sans doute est un homme à épaulettes, représente cette démission comme un désastre et un malheur public.

Il prétend que la permanence des officiers généraux de l'armée, tient essentiellement à la conservation de l'état; que sans cela la constitution ne s'acheveroit pas; que la démission de M. Gouvion est aussi impossible à proposer qu'à recevoir; enfin, il ajoute, que la section rend M. Gouvion responsable des troubles et des événemens qui pourroient suivre sa retraite. La retraite de M. Gouvion causer des troubles! risum teneatis amici.

Si le faiseur de l'arrêté de la section de la Fontaine de Grenelle avoit la moindre idée d'un gouvernement libre, il sauroit qu'il n'y a pas de liberté où on croit qu'il n'y a qu'un seul officier capable de commander, où l'on croit que la permanence de cet officier dans son grade tient à la constitution et au salut de l'empire. Grand Dieu! quel seroit donc le sort de cette constitution, achetée si cher, s'il dépendoit du patriotisme d'un seul homme!

Au reste, M. Gouvion a très-bien saisi le sens de l'arrêté; il veut que la constitution s'achève, at il a repris sa place. Nous ignorons quel motif il avoit pour la quitter; mais si c'étoit délicatesse

de sa part, s'il souffroit impatiemment la conduite anti-civique du commandant-général, il devoit se retirer dès qu'il a reçu des ordres contraires à la liberté; il devoit se retirer lors du siége de la maison de Marat, ou bien lorsqu'il a vu distribuer l'invitation faite aux gardes citoyennes d'arrêter les colporteurs, et de déchirer les écrits patriotiques, etc.

*

On vient d'arrêter des embaucheurs qui enrôloient pour l'armée du ci-devant prince de Condé. C'est sous les yeux du vigilant la Fayette que toutes ces conspirations se trament. Un officier d'artillerie avoit chargé plusieurs racoleurs de. séduire les soldats de la troupe du centre. On leur donnoit jusqu'à 20 louis d'engagement, et plusieurs ont pris parti. Dans le nombre de ceux qu'on cherchoit à enrôler, s'est trouvé un patriote, qui est allé dénoncer le fait au commandant-général. On a refusé d'ajouter foi à sa dénonciation: heureusement, il ne s'est pas rebuté. Rendu à sa caserne, il a proposé à quelques camarades de se présenter avec lui chez l'un des racoleurs, qui leur a compté les sommes accoutumées. Tous alors se sont rendus chez le général, en lui montrant l'or qu'ils avoient reçu. Les racoleurs et l'officier d'artillerie ont été enlevés (1).

Du choix des nouveaux ministres.

. Le roi, ou plutôt la cour, disent les citoyens ombrageux, vient de se déclarer tout populaire dans le remplacement de ses ministres. M. Duportail, M. de Fleurieu aux départemens de la marine et de la guerre; M. Pastoret au lieu et

(1) On publie que les racoleurs et les embaucheurs dont il s'agit n'enrôloient point pour l'armée du prince de Condé, mais pour le Brabant. Le Brabant est l'excuse banale de tous les enrôleurs, de tous les faiseurs de projets contre révolutionnaires. Da

place du sieur Guignard, M. Duport du Tertre nommé garde des sceaux : ce choix, ajoutent les ombrageux, rappelle involontairement l'élévation de Michel Lhôpital à la dignité de chancelier, élévation à laquelle Catherine de Médicis, méditant dès lors la Saint Barthélemi, eut beaucoup de part.

Nous sommes loin de nous prêter aux inductions malencontreuses qu'on désireroit que le peuple tirat de ce rapprochement. La nation d'aujourd'hui n'est plus celle d'autrefois; le Français sous Charles IX ne ressembloit pas au Français sous Louis XVI. Nous avons un peu plus de lumières et nous connoissons un peu mieux nos forces.

Quoi qu'il en soit, ne soupçonnons personne; mais tenons-nous sur nos gardes, et pour n'être étonnés de rien, attendons-nous à tout. Surveillons les nouveaux ministres, ils ont une grande tâche à remplir. Quelles que soient les intentions de ceux qui ont concouru à leur exaltation, leur conduite se trouve tracée dans celle du grand homme dont on a rappelé le souvenir à leur occasion. Dans l'atmosphère orageuse où les voilà lancés, n'importe par quelle impulsion, ils ont besoin de beaucoup de fermeté pour résister aux coups dont ils vont être assaillis. Lequel l'emportera en eux de la reconnoissance ou du patriotisme? Plus la révolution avance, plus ceux qui occupent les premiers postes doivent payer de leurs personnes. Menacés de toutes parts au dehors, au dedans, nous avons besoin de la plus parfaite union; nous avons besoin auprès du monarque de ministres patriotes, dans toute l'acception de ce mot, de ministres missionnaires, prêchant la nouvelle religion politique à des gens bien plus difficiles à convertir que des sauvages. On mettra peut-être tout en œuvre pour faire changer de culte aux nouveaux ministres eux-mêmes. On voudra les rendre ido'atres des promesses et des menaces seront tour à tour mises en avant pour les séduire ou les intimider.......

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