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tique, mille raisons, toutes très-sérieuses , doivent déterminer le corps législatif à accéder à la péti. tion des Avignonais. Si l'on ne s'empare pas d'A. vigaon, on conserve dans cette ville un foyer de contre-révolution, qui tot ou tard sera funeste aux affaires de France. Les aristocrates du Cointat Venessain ne pardonneront jamais aux patriotes Avignonais de s'être soustraits à la domination romaine, et d'avoir les premiers arboré l'étendard de la liberté. Déjà ils se préparent à allumer le flambeau de la discorde civile; on amoncèle les armes dans tous les arsenaux, et les mécontens français vont tramer avec ceux du Comtat les conspirations qui doivent éclater dans le royaume. Les mouvemens qui ont eu licu dans cette contrée il y a quelques mois, les principes factieux qui animent la prétendue assemblée représentative de Carpentras, tout nous avertit de prendre toutes les précautions possibles pour éloigner de la France l'horrible malheur d'une guerre intestine.

L'assemblée nationale, malgré sa foiblesse, a bien senti la nécessité de s'assurer d'Avignon, puisqu'elle vient de décréter qu'on y enverroit des troupes, pour protéger les établissemens français qui se trouvent dans cette ville, et y rétablir l'ordre de concert avec les officiers municipaux. Cet envoi de troupes, sans la participation du pape, est certainement un acte de souveraineté; c'est le prélude de la réunion tant désirée, et qui tot ou tard aura lieu par la force des circonstances, et malgré les aristocrates et les demi patriotes de l'assemblée nationale.

Faits à l'appui de notre assertion sur les

municipalités.

Lorsque nous avons dénoncé dans notre no. 70, le complot politique formé contre la liberté, dans le projet de réduire les districts, les municipalités et les tribunaux à un plus petit pombre , afin de concentrer le pouvoir, et pour le remettre plus facilement entre les mains d'un seul; nous nous attendions bien à voir sous peu de temps la première ébauche de cette opération désastreuse. Notre attente a été remplie trop tôt, sans doute, si nous considérons le malheur de la chose publique, que nous voyons évidemment en proie aux conspirations sourdes et subtiles de nos ennemis; mais fort à propos si nous devons regarder comme un bonheur que les truitres ne puissent, contre la patrie, ourdir aucune trame qui ne soit révélée et détruite par la force des choses, et la réaction inévitable de cette même liberté, que tant de gens veulent étouffer dans son berceau. · Nous prions les citoyens, de relire l'article de notre no. 70, page 224; ils y verront mot à mot ce qui vient de se passer dans les départemens de la Sarthe, de l'Ain et du War.

Le sieur Mortier, procureur-syndic du département de la Sarthe, vient de jeter le trouble et la discorde dans ce département, en s'y portant le moteur du projet de réduction que nous avons dénoncé. Il a , ainsi que nous l'avions présumé, pris le prétexte d'une économie apparente pour faire réussir ce détestable projet dont il étoit et est encore l'apôtre délégué par les conspirateurs du centre, c'est-à-dire, par la cour, les ministres, complices et adhérens. Le sieur Mortier, pour håter son opération, s'est adressé au directoire de son département, qui en a référé à la session du conseil. Nonobstant cela, ce procureur-syndie , de son autorité privée, a envoyé à toute bride, par des cavaliers de maréchaussée, à toutes les inunicipalités du département, et à deux reprises, une lettre circulire, dont le contenu perfide et fallacieux tend à forcer la main aux municipalités pour les faire consentir à la réduction dont il est le seul vrai promoteur. Quelques municipalités ont adhéré sans réflexion, mais elles n'ont pas tardé à réclamer hautement contre leur adhésion. A peine le plan

et

et la conspiration du sieur Mortier ont ils été bien connus dans le département de la Sarthe, qu'à l'étonnement le plus profond ont succédé la subversion, l'alarme et le bouleversement de toutes les affaires. Il faudra du temps pour calmer les craintes et l'effervescence qu'ont produites les menées du procureur-syndic. La confiance publique est encore une fois ébranlée dans ce pays.

Le sieur Mortier n'a rien négligé pour bien servir ses patrons et leurs projets : il a tout employé, et avec une célérité qui dépote assez combien il avoit à compter sur le résultat de son opération, et quels appuis il sentoit derrière lui pour le garantir des suites de son entreprise.

Le sieur Mortier a poussé la prévarication jusqu'à envoyer des formules d'adhésion dans les campagaes, par ses émissaires. Cet homme est absolument dans le chemin de nos corrompus. Après avoir calculé le mal qu'il veut faire, il prend la méthode, aussi aisée qu'impudente, d'attribuer ce mal aux corporations qu'il veut détruire.

Les habitans des départemens de la Sarthe , de l'Ain et du War, alarmés de la conspiration qui les a subitement assaillis , sont venus à la hâte se présenter à l'assemblée nationale; leur cri a

été si terrible , leur reseatiment si profond, et leurs raisons si pressantes, que l'assemblée a rendu le décret suivant :

« L'assemblée nationale , après avoir entendu le rapport du comité de constitution, considérant que les justiciables et les administrés des districts des départemens de l'Ain, de la Sarthe et du War n'ont pas émis leur vou pour la suppression demandée de leurs districts respectifs ;

« Décrète qu'il n'y a lieu à délibérer sur les pétitions des administrateurs de ces départemens.

« Se réserve l'assemblée nationale de régler, daos un décret particulier , par quels organes et dans quelle forme les administrés et justiciables qui demanderoient la réduction de leurs districts,

D

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pourront manifester leur voeu et le présenter aux législatures suivantes.

Section de la Fontaine de Grenelle. Chez un peuple enthousiaste, la stupide idolatrie pour les hommes en place s'inocule avec la plus grande facilité. Quand on est las de se prosterner devant les chefs, on se met à adorer les subalternes.

Qui auroit cru que M. de Gouvion seroit devenu l'objet du culte des sections de Paris ? Celle de la Fontaine de Grenelle, alarmée de la démission feinte du major-général de l'armée parisienne, vient de consigner ses craintes dans un arrêté où le rédacteur, qui sans doute est un homme à épaulettes , représente cette démission comme un désastre et un malheur public.

Il prétend que la permanence des officiers généraux de l'armée, tient essentiellement à la conserva. tion de l'état; que sans cela la constitution ne s'acheveroit pas; que la démission de M. Gouvion est aussi impossible à proposer qu'à recevoir ; enfin, il ajoute, que la section rend M. Gouvion responsable des troubles et des événemens qui pourroient suivre sa retraite. La retraite de M. Góuyion causer des troubles ! risum teneatis amici.

Si le faiseur de l'arrêté de la section de la Fontaine de Grenelle avoit la moindre idée d'un gouvernement libre, il sauroit qu'il n'y a pas de liberté où on croit qu'il n'y a qu'un seul officier capable de commander, où l'on croit

que
la

permanence de cet officier dans son grade tient à la constitution et au salut de l'empire. Grand Dieu! quel seroit donc le sort de cette constitution, achetée si cher, s'il dépendoit du patriotisme d'un seul homme !

Au reste, M. Gourion a très-bien saisi le sens de l'arrêté; il veut que la constitution s'achève, at il a repris sa place. Nous ignorons quel motif il avoit pour la quitter; mais si c'étoit délicatesse

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de sa part, s'il souffroit impatiemment la conduite anti-civique du commandant-général, il devoit se retirer dès qu'il a reçu des ordres contraires à la liberté; il devoit se retirer lors du siége de la maison de Marat , ou bien lorsqu'il a vu distribuer l'invitation faite aux gardes citoyennes d'arrêter les colporteurs , et de déchirer les écrits patriotiques, etc.

On vient d'arrêter des embaucheurs qui enroloient pour l'armée du ci-devant prince de Condé. C'est sous les yeux du vigilant la Fayette que toutes ces conspirations se trament. Un officier d'artillerie avoit chargé plusieurs racoleurs de séduire les soldats de la troupe du centre. On leur donnoit jusqu'à 20 louis d'engagement, et plusieurs ont pris parti. Dans le nombre de ceux qu'on cherchoit à enroler , s'est trouvé un patriote, qui est allé dénoncer le fait au comman. dant-général. On a refusé d'ajouter foi à sa dénonciation : heureusement, il ne s'est pas rebuté. Rendu à sa caserne, il a proposé à quelques camarades de se présenter avec lui chez l'un des racoleurs, qui leur a compté les sommes accoutumées. Tous alors se sont rendus chez le général, en lui montrant l'or qu'ils avoient reçu. Les racoleurs et l'officier d'artillerie ont été enlevés (1).

Du choix des nouveaux ministres, Le roi, ou plutôt la cour, disent les citoyens ombrageux, vient de se déclarer tout populaire dans le remplacement de ses ministres. Ñ. Duportail, M. de Fleurieu aux départemens de la marine et de la guerre; M. Pastoret au lieu et

(1) On publie que les racoleurs et les embaucheurs dont il s'agit n'enrôloient point pour l'armée du prince de Condé, mais pour le Brabant. Le Brabant est l'excuse banale de tous les enrôleurs, de tous les faiseurs de projecs contre-révolutionnaires.

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