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et que dans les lieux où il n'en existe pas, il en seroit promptement formé; 3. que les plans préparés par lesdites assemblées coloniales seroient soumis à l'assemblée nationale pour être examinés , décrétés pár elle, et présentés de l'acceptation et à la sanction du roi; 4o. que ces mêmes assembléesénonceroient leur voeu sur les modifications qui pourroient être apportées au régime prohibitif du commerce entre les colonies et la métropole, pour être , sur leurs pétitions, et après avoir entendu les représentations du commerce français, statué par l'assemblée nationale ainsi qu'il appartiendroit.

Une instruction approuvée par le roi suivit ce décret. Cette instruction contenošt les moyens de parvenir à la formation des assemblées colonialės dans les colonies où il n'en existoit pas, et les bases, générales auxquelles les assemblées coloniales de vroient se conformer dans les plans de constitution qu'elles présenteroient.

Le décret et l'instruction de l'assemblée nationale étant parvenus dans les colonies , ils y ont produit des effets différens suivant les intérêts des per

sonnes.

Par-tout les esprits ont été divisés ; les planteurs vouloient étre admis seuls à la représentation coloniale, à l'exclusion des gens de commerce qui avoient le même droit qu'eux. Cependant dans les lles où il y avoit des assemblées coloniales formées, elles ont exercé le pouvoir législatif ; dans les autres on a procédé aux élections, et les assemblées générales ont été organisées.

Parmi ces assemblées , celles de la Martinique et de Saint-Domingue se sont fait remarquer par leur résistance aux décrets, et à l'instruction dont nous venons de parler. Mais comme les chefs n'ont pas pu réussir à avoir , en faveur de leurs sinistres projets, la majorité des suffrages des blancs, ils

mis pour

ont gagné les gens de couleur, en leur présentant l'espérance du droit de cité ; ils leur ont tout pro

les

engager à se joindre à eux et soutenir leur système de rebellion contre les décrets de l'assemblée nationale; leur doctrine consistoit à refuser de reconnoître la souveraineté de cette assemblée, et à ne vouloir dépendre pour la législation

que de la sanction du roi. Cette diversité de principes a produit dans les colonies de Saint-Domingue et de la Martinique des effets désastreux.

A Saint-Domingue, l'assemblée provinciale du nord a demeuré constamment dans les meilleurs principes ; elle s'est opposée sans relâche aux opérations de l'assemblée générale , qui ne tendoient à rien moins qu'au schisme de la colonie avec la métropole, et elle est parvenue a soutenir parmi les colons l'esprit d'attachement à la mèrepatrie, que sans ses soins on auroit peut-être détruit sans retour.

L'assemblée générale, de son côté, poursuivoit avec fureur les bons citoyens; elle déclaroit criminels de lèse-nation deux membres de l'assem blée du nord , qui n'avoient d'autre crime à ses yeux que leur respect pour les décrets de l'assenblée nationale.

Cependant le gros de la colonie , et sur-tout la force armée , tenoient toujours pour ces décrets , et l'assemblée générale a bien éprouvé à ce sujet combien peu elle avoit d'influeace sur l'opinion des colons.

Le 13 juillet , jour de la proclamation de la coa. tinuation de l'assemblée générale, elle a ordonné un Te Deum, à chanter le lendemain dans l'église paroissiale de Saint-Marc. Tous les corps de la ville, et celui des volontaires nationaux y furent invités.

Pendant la cérémonie, le sieur Bacon de la

Chevalerie fit un discours, dans lequel il se répandit en invectives contre M. de Peynier, gouverneur général de la colonie; il finit par prononcer le serment d'être fidèle à la nation , à la loi, au roi et à la partie française de Saint- Domingue. Les volontaires refusèrent de répéter ce serment; ils poussèrent des cris de vive le roi, et l'assemblée nationale, et prêtèrent le serment civique de tous les Français. L'assemblée, désespérée du mauvais succès de ses tentatives, a cassé par un décret les volontaires nationaux; mais pour cela , ceuxci n'ont pas mis bas les armes.

Ses partisans s'attroupèrent pour causer une sédition ; mais M. de Peyniero envoya , le 31 juillet, une compagnie de grenadiers, avec deux officiers à la tête, pour les mettre à la raison. Ils répondirent à la sommation qu'on leur fit de se retirer, par une décharge de mousqueterie. Le commandant des grenadiers fit tirer à poudre pour intimider les rebelles. Cette décharge fut ripostée par une seconde à balles. Alors le combat s'engagea ; les volontaires se joignirent à la troupe de ligne , et il y eut beaucoup de monde de tué.

Dans ces circonstances, l'équipage du vaisseau le Léopard, gagné par le comité colonial du Portau-Prince, cassa son capitaine, M. de la Galissonnière, en nomma un autre, et partit pour la France, emportant avec lui les membres de l'assemblée générale , auteurs de tous les troubles qui affligeoient la colonies

A la Martinique, les troubles eurent les mêmes causes qu'à Saint-Domingue. C'étoit la même division entre les planteurs et les négociants. Les preiniers avoient armé les gens de couleur contre les blancs qui s'opposoient à leurs desseins. Il y eut quelques rixes particulières, et les mulâtres ayant, a l'instigation des boute-feux de l'assemblée coloniale, excité une sédition, dont plusieurs furent victimes, elle profita de la circonstance pour accabler la municipalité de Saint - Pierre, réunie uur négocians de cette ville. Elle sollicita M. de Damas, gouverneur général de la colonie, de faire marcher des troupes à Saint-Pierre. M. de Damas se rendit à la réquisition de l'assemblée coloniale ; il arriva avec des canons, entra dans la ville, les fit braquer contre l'hôtel de ville, et emmena prisonniers au Fort-Royal plusieurs habitans , tous ennemis du comité colonial, et très - attachés à la constitution française. L'assemblée coloniale jouit de sa victoire; elle a chassé tous les patriotes, et notamment M. Foulon , l'intendant, administrateur plein de vertus, et chéri de toute la colonie.

Tel est en peu de mots l'état aotuel de nos iles. Le tableau que nous venons d'en faire , prouve que, malgréles intrigues de quelques hommes perdus de dettes et de crimes, qui après s'être montrés républicains dans le commencement de la réyolu. tion, sont devenus royalistes outrés depuis le mois de mars dernier, la majorité des colons est encore dans les meilleurs principes, c'est-à-dire, pleine d'attachement pour la mère-patrie.

Ce n'est pas cependant que nous pensions que les patriotes des colonies soient encore au niveau des principes de la révolution française. Tous veulent la liberté pour eux; mais ils refusent le droit de cité aux gens de couleur; mais ils veulent perpétuer l'esclavage et la traite des nègres. A la vérité, les aristocrates ont mis dans leur parti les gens de couleur; mais ils s'en servoient seulement pour opprimer les amis de la constitution, bien résolus de les laisser ensuite dans le mépris, et d'agraver leurs fers lorsqu'ils croiroient pouvoir se passer d'eux.

Quant à la traite et à l'esclavage des nègres, les gouvernemens de l'Europe auront beau résister aux cris de la philosophie, aux principes de liberté universelle qui germent et se propagent parmi les nations. Qu'ils apprenent que ce n'est jamais en

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vain qu'on montre la vérité aux peuples ; que l'inpulsion une fois donnée, il faudra absolument céder au torrent qui doit entroiner les anciens abus, et que le nouvel ordre de choses s'élèvera nialgré toutes les précautions qu'on prend pour en retarder l'établissement. Oui ! nous osons le prédire avec confiance, un temps viendra , et le jour n'est pas loin, où l'on verra un Africain, à téte crépue , sans autre recommandation que son bon sens et ses vertus , venir participer à la législation dans le sein de nos assemblées nationales (1).

Affaire de Brest.

Lorsque dans une nation les esprits tendent fortement vers la liberté, ceux qui tiennent aux anciens abus , ceux qui résistent avec le plus d'opiniâtreté à l'impulsion générale , se couvrent audacieusement du masque du patriotisme pour dé.guiser leurs criminelles intentions.

C'est le parti que prennent aujourd'hui les aris: tocrates les plus invétérés ; par-tout ils affichent des principes apparens de liberté ; c'est au nom de cette liberté qu'ils trompent les peuples ; c'est en son nom qu'ils les soulèvent contre les décrets de l'assemblée nationale.

Sitôt que le vaisseau le Léopard eût débarqué à Brest les 80 membres de l'assemblée générale de la partie française de Saint-Domingue, l'équipage répandit bientôt parmi les matelots de l'escad e l'esprit d'insurrection. La contagion se communiqua inême avec d'autant plus de facilité, qu'ils étoient à peine remis des inouvemens qu'avoit

(1) Nous donnerons dans un de ros prochains numéros, URC dissertation sur les rapports de législation et de commerce qui doivent exister entre la métropole er las colonies.

excités

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