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PUFFENDORFF, Célébre Jurisconsulte. SAMUEL

AMUEL PUFFENDORFF, né d'Elie Puffendorff, à Fleh , dont Elie étoic ministre, village près de la ville de Chemnitz dans la Misnie, province de la Haute-Saxe, en 1631, mourut à Berlin dans le Brandebourg en 1694. Il fue successivement précepteur des enfans de Pierre Coyet , lequel étoit alors envoyé de Suede à la cour de Danemarc, & depuis en Hollande , professeur en droit naturel & des gens à Heydelberg dans le Palatinat , où une chaire de ce droit fut établie à fon occasion en 1661, (c'est la premiere de cette espece qu'il y ait eu en Allemagne) professeur du même droit à Lunden, dans la province Suédoise de Schoonen, conseiller & historiographe de Charles XI, roi de Suede, & enfin conseiller & historiographe de Guillaume, électeur de Brandebourg. Il fut décoré du titre de baron par Charles XI ou par Léopold, empereur d'Allemagne, car c'est un point indécis. Il s'appliqua d'abord à l'écude de la jurisprudence, & il se donna ensuite tout entier à celle du droit public, où il s'est rendu célébre.

I. Le premier ouvrage qu'il ait publié, c'est celui qui a pour titre : Elementorum jurisprudentiæ universalis libri duo, qu'il fit imprinier à la Haye en 1660, in-8vo, & qui le fut aussi à Yene en 1669, dans le même format, ouvrage médiocre dont l'auteur reconour lui-même dans la suite les défauts, fruit précoce d'un jeune homme qui se håre trop de se produire.

II. Severini de Monzambano Veronensis , de ftatu imperii germanici ad Læsium fratrem Dominum Trezolani, liber unus. Genevæ apud Petrum Columesium, 1667. L'édition est d'Amsterdam, & a 216 pages. C'est un petit 10-8vo. Il y en a une autre édition, Veronæ , ( Amftelodami) 1668, aussi pecic in-8vo de 275 pages, & il en a été fait plusieurs autres en divers lieux. Nous en avons deux traductions françoises. La plus ancienne a pour titre : » L'Etat de l'empire d'Allemagne, composé par Severin de Mon» zambane, envoyé à son frere Læsius, seigneur de Trezolane, & traduit » par le sieur François Savinien d'Alquié «. Amsterdam, Jean Schipper, 1669, in-12. La nouvelle est de 1728, & a été imprimée à Strasbourg, & faite par Spon, d'abord avocat à Colmar en Alsace, alors référendaire au petit sénat de la ville de Strasbourg , & décoré du titre de baron par l'empereur Charles VII, au service duquel il étoit entré.

Il n'y a jamais eu d'auteur à Véronne ni ailleurs, qui se soit appellé Severinus de Mozambano, & cet ouvrage a été composé par Puffendorff, à qui les dernieres éditions latines l'attribuent. Ce n'est pas qu'on ne trouve dans l'ouvrage même plusieurs passages qui sembleroient devoir faire douter de ce fait. L'auteur, parlaot des titres de docteur & de savant, dic que tous les Allemands désirent passionnément ces titres, au lieu que nous, ( ajoute-t-il) nous ne nous en foucions pas beaucoup (a). Puffendorff étoit luchérieo , & il a donné dans tous ses ouvrages des marques de son emportement contre la religion catholique. Ici, au contraire, l'auteur parle de fa vénération pour le saint siege , à qui il soumet son ouyrage (6). Il appelle les proteftans, hérériques & partisans du démon (c). Il donné de grands éloges à Grégoire VII, & aux autres papes qui ont excommunié les empereurs (d), & il ne veut pas rapporter les impostures que des bouches infernales ont débitées contre les pasteurs & les prélats d’Allemagne. Enfin, les droits des électeurs ecclésiastiques ,. & en général ceux des princes catholiques, y sont par-tout exaltés aux dépens de ceux des protestans : le moyen d'attribuer à un luthérien, & à un luthérien tel que Puffendorff, l'ouvrage d'un catholique fi passionné ! Il est pourtant de lui, & les écrivains allemands nous l'affurent d'une maniere à de nous pas permettre d'en douter (e). Les paffages que je viens de rapporter, prouvent donc simplement le soin particulier que l'auteur a pris de se masa quer; & il s'étoit fi bien masqué qu'on ne l'a connu qu'après sa mort.

Ce livre est distribué en huit chapitres ; & chaque chapitre en plusieurs paragraphes. Voici les titres des chapitres. 1o. De l'origine de l'empire d'Allemagne. 2°. Des membres dont cet empire est composé. 3o. De l'origine des Etats de l'empire, & par quels degrés ils font parvenus à ce haut point de puissance. 4o. Du chef de l'empire, de son élection & des électeurs. so. De la puissance de l'empereur limitée par les dietes, par les loix & par les coutumes de l'empire. 6o. De la forme de l'empire. 70. Des forces & des défauts de l'Empire 89. Des remedes qu'on peut trouver à tous ces défauts.

Au sentiment de l'auteur , & ce sentiment est fondé, l'Allemagne est un corps irrégulier ; il s'en faut peu que ce ne soit un monstre en politique, & l'on ne sait si c'est un royaume ou une république, parce qu'il renferme quelque chose de toutes les diverses conftitutions d'Etat (1).

L'auteur a eu raison de ne pas confondre l'empire d'Allemagne avec l'ancien empire Romain. Ce seroit (dit-il) commettre une faute d'écolier que d'imaginer que l'empire d'Allemagne fût aux droits de l'empire des

(a) Ch.7. §. 3.
(6) Ch. 1. S. 15.
(c) Ch. 2. 8. 6.
(4) Ch. 3. 5. 6.

(e) Struvii bibliotheca juris feledta. Yenæ, 1725, in-4to. p. 640; les auteurs de la vie de Pufendorff, & les derniers éditeurs de ses ouvrages.

(8) Cap, 6. 8. 9.

Célars, & que la monarchie (a) germanique ne soit qu'une continuation de la monarchie romaine. Il s'eft, en effet, écoulé trop de siecles entre le renverse. ment de l'empire Romain, & l'établissement de la république germanique, & ils sont trop différens pour penser que l'une soit la continuation de l'autre.

La traduction françoise de cet ouvrage qui parut en 1669 eft mauvaise de tout point. Elle est peu exacte, fort mal écrite, & pleine de fautes d'impression. Le traducteur n'avoit aucune connoissance des affaires d'Allemagne. Je ne puis rien dire de celle de 1728 que je n'ai poiot vue , fi ce n'est que la plupart des exemplaires en furent saisis chez l'imprimeur à Strasbourg par l'ordre de la cour de France, à la priere de celle de Vienne, à cause que le traducteur ayant joint à l'ouvrage de Puffendorff, la matricule de l'empice, la pragmatique-lanation de Vieone, & des mémoires concernant les différends du roi de Danemarc & du duc de Holstein , la succession de Bergues & de Juliers, celle de Deux-Ponts, & celle de Monbelliard, avoit accompagné sa traduction de notes peu agréables à l'empereur Charles VI, & qui n'étoient pas toujours exactes. J'ai vu une lettre écrite de la Haye à Strasbourg par le traducteur lui-même (b) par laquelle il reconnoiffoit que son ouvrage, fait en six mois & avec précipitation , eft plein de fautes.

Plusieurs écrivains s'éleverent contre cette dissertation de l'Etat de l'em. pire , & un des plus célébres fut Pierre-André d'Oldenbourg qui se cacha Tous le nom de Pacificus à Lapide. Le Monzambano & le Pacificus à Lapide ont été plusieurs fois imprimés conjointement. III. Recherches sur la république irréguliere. C'est une espece de com

Puffendorff fic fur le quatrieme chapitre de fon Etat de l'empire. IV. De jure naturæ & gentium libri 8. Londini Scanorum 1672 in-410.; Francofurti ad Mænum 1684 in-4to. Amstelodami 1688 in-4to., Francofurti ad Mænum 1706 10-4to. ; Amstelod. 1755 in-4to., & Francofurti ad Mænum 1716 in-4to. L'auteur dédia cet ouvrage à Charles XI, roi de Suede.

Cet ouvrage a été traduit en françois, en allemand, & en anglois. La traduction françoise que nous en avons est très-bonne, & certe copie, accompagnée d'un excellent commentaire, est préférable à l'original.

C'est un vrai traité de morale & de droit public. L'auteur se propose d'expliquer comment l'homme se doit conduire & par rapport à lui, & par rapport aux autres. Il traite d'abord des actions humaines & ensuite des loix en général; il pose pour incontestable que tous les hommes qui ont l'usage de la raison sont en état de comprendre les préceptes généraux qui conduisent à une vie honnête & tranquille ; il parle de la conscience , puis de l'erreur vincible ou invincible, &c. ; il expose les devoirs de la société humaine, selon les diverses formes de gouverne

mentaire que

(a) Cap. 1. §. 14.
(6) Dans le mois de mai 1741,

ment:

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vernement ; il traite des devoirs d'un pere & d'un maître, & réciproquement des devoirs de ceux qui leur sont soumis, puis de la souveraineté, du souverain, des loix civiles, du droit de vie & de mort, du pouvoir de faire ou la guerre ou des alliances , &c.

Je ne crains pas de mettre ce livre au-dessus de celui du droit de la guerre & de la paix de Grotius. Il eft plus étendu & plus complet, & Puffendorff a profité des lumieres de Grotius, & de tous ceux qui l'ont précédé depuis Grotius, sans s'y assujettir. Si celui-ci avoit eu un pareil secours, lorsqu'il composa le droit de la guerre & de la paix, sans doute il fût allé plus loin que n'a été Puffendorff; mais si l'on a obligation à Grotius d'avoir établi par principes fa science du droit public, on doit être obligé à Puffendorff d'avoir rangé les matieres dans un ordre plus naturel, de les avoir mieux développées, & d'avoir plus approché de la perfe&ion.

L'esprit géométrique a quelquefois manqué à Puffendorff, quoiqu'il flle géometre; & cet auteur qui n'a pas toujours bien raisonné, a été moins heureux dans l'économie des matériaux de chaque chapitre, que dans la disposition générale de son ouvrage. Il l'a chargé d'ailleurs de beaucoup de choses inutiles , après l'avoir commencé par beaucoup de remarques mécaphysiques qui n'écoient guere plus nécessaires. Le premier, le second & le dernier chapitres de son premier livre pourroient être retranchés de son ouvrage , sans qu'on perdit rien à ce retranchement. Il est plein de divisions scholastiques peu exactes, & les idées les plus justes n'y soat pas toujours bien liées. Le style en eft dur jusqu'à la barbarie ; mais les fruits qu'on tire de son livre méritent bien d'être cherchés fous les feuilles qui les couvrent.

On peut encore reprocher à Puffendorff de s'être échappé à de grandes libertés contre la religion catholique, & d’être sorti de cette exa&e modération qu'on doit garder dans des ouvrages destinés à être mis entre les mains de tout le monde, & où il n'eft pas question de controverse. Luthérien zelé, il a eu en vue de servir la religion & de justifier la séparation d'avec l'église catholique. Quel rapport cela a-t-il au droit de la na. ture & des gens ? En entrant dans la carriere où Grotius a paru avec tant d'éclat , Puffendorff devoit imiter la modération dont ce grand homme lui avoit donné l'exemple. Grotius n'a pas parlé un langage catholique, car il étoit protestant aussi bieu que Puffendorff; mais le sage Hollandois n'a pas affe&é comme le passionné Allemand, de ramener à tout moment les usages des catholiques pour les blâmer.

Ce livre eut le fort de la plupart des bons ouvrages. Il fut critiqué par d'autres professeurs & par des théologiens luthériens qui n'épargnerent pas les injures à Puffendorff. Celui-ci répondit à ses censeurs, & les réponses furent extrêmement vives. Il publia un recueil qui a pour titre : Eris Scandica quá adversùs libros de jure naturali & gentium obje&a diluuntur, Francofurti ad Mænum 1686 in-4to. A ce recueil , ses ennemis en oppo. Tome XXVII.

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ferent un autre intitulé : Eros Leypficus in quo Eris Scandica Samuelis Puffendorffii , &c. A Leipfik en 1687. Quelques-unes des pieces de ces deux recueils sur la querelle de Scanie (a), ont été imprimées séparément.

On publia en Allemagne une nouvelle édition latine de ce traité du droit de la nature & des gens , intitulé : Sam. L. B. à Puffendorff de jure naturæ & gentium libri odo, cum integris commentariis virorum illuftrium Joan. Nicolai Hertii atque Joannis Barbeyraci. Accedit eris Scandica. Recenfuit & animadversionibus illustravit Gorfridus Manovius. Lipfiæ, ex officinâ Kaochianâ 1744 in-4°. 2. vol. L'éditeur rapporte les observations & les commentaires de ceux qui ont travaillé sur la même maciere, & en par. ticulier de Barbeyrac & de Hertius , à quoi il a joint des remarques. Il donne un texte plus châtié qu'on ne le trouve dans les diverses éditions qu'on a faites de ce traité , & marque foigaeusemeor les citations des

auteurs.

V. Une année après la publication de ce grand ouvrage de Puffendorff, il en donna un abrégé sous ce titre : De officio hominis & civis juxta legem naturalem libri duo. Londini Scanorum 1673 in-89. Holmiæ 1689 10-12. Francofurti ad Mænum 1714, in-8°. Edimburgi 1724 in-8°.

Cet ouvrage a été traduit en françois , en allemand, & en anglois , aussi bien que celui dont il est l'abrégé, & nous en avons aussi une trèsbonne traduction française de la même main que le précédent (b).

VI. Parmi plusieurs ouvrages historiques, composés par Puffendorff, il en est un qui a pour titre : Introduction à l'histoire des principaux royaumes & Etats de l'Europe. Il parut en allemand à Francfort sur le Mein in-8°. sous ce titre. Il en fur fait une tradu&ion latine, une flamande, & une mauvaise tradu&tion françoise, laquelle est de Claude Roussel, & fut imprimée. à Utrecht chez Jean Ribbius en 1685 en 4 vol. in-12, & réimprimée au mois d'Août 1710, ausfi en 4 volumes in-i2. Dans la même année 1710, il parut une autre édition Françoise des deux premiers volumes , imprimée à Leyde chez Vander-Aa, où l'on avoit corrigé quelques mots.

Cet ouvrage n'avoit été fait que pour des jeunes gens, & n'étoit que comme l'ébauche des leçons que Puffendorff devoit donner à ses écoliers. Il étoit par conséquent très-imparfait , & il y avoit d'ailleurs deux défauts considérables ; l'un écoit une dissertation sur la monarchie (ecclefiaftique ) du pape, qui assurément de devoit point trouver de place dans un tel ouvrage; l'autre étoit une passion trop marquée contre la couronne de France.

Un auteur Allemand continua cet ouvrage de Puffendorff dans la même

(a) La Scanie ou la Schone eft opposée au Danemarc. C'est la partie la plus méridionale de la Scandinavie qui comprend toute la presqu'ifle.

(6) Voyez l'article BARBEYRAC,

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