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fances maritimes d'entretenir la Suiffe pour le moins dans une exacte neu tralité. Au refte, les liaisons de commerce entre la Hollande & la Suiffe, font de très-petite conféquence, & la fituation de ces deux Etats fait qu'ils ne fauroient avoir des vues de conquête les uns fur les autres.

L'Allemagne occupe fort le miniftere de la république. Il y a conftamment un miniftre Hollandois à la diete de Ratisbonne, & des envoyés dans prefque toutes les cours des princes de l'empire. Le voifinage, le commerce, les intérêts politiques, & plufieurs autres objets forment des liaifons étroites entre le corps Germanique & les Provinces-Unies. De concert avec l'Angleterre, la république s'eft jufqu'ici toujours attachée à la confervation de la maifon d'Autriche, & la faine politique lui dicte de pourfuivre dorénavant le même fyftême avec une égale chaleur. Elle eft auffi intéreffée à la confervation du fyftême de l'empire & de la forme qui lui a été donnée par la paix de Weftphalie.

La Pologne n'a prefque aucune relation directe avec la Hollande. Les produits & autres marchandises de ces deux pays fe tirent mutuellement, ou par la voie de l'Allemagne, ou par la Pruffe, ou par Dantzig. Cependant, lorfque le trône eft vacant, la Hollande tâche par la voie de la négociation, d'y faire placer un candidat felon fes vues; & elle eft intéreffée en général, à ce que le systême de la république de Pologne ne foit point renverfé, & que ce vafte Etat ne tombe pas en partage à quelque prince déjà formidable par fes autres poffeffions.

Le Danemarc eft en grande liaison avec la Hollande, ce qui naît principalement du commerce. Car, fans parler du péage du Sund, qui rend le Danemarc à certains égards maître de la navigation dans la Baltique, les Hollandois en tirent une très-grande quantité de mâts de vaiffeaux, de planches, de futailles, de goudron, & d'autres denrées que produit la Norwege. Les pays en revanche qui font fous la domination du roi de Danemarc, prennent des Hollandois beaucoup d'ouvrages de leurs manufactures, beaucoup d'épiceries & de toutes fortes d'autres marchandises. Ce commerce réciproque eft confidérablement augmenté depuis l'année 1726, que le roi de Danemarc défendit dans fes Etats l'entrée de toutes les marchandifes venant de Hambourg. Les négocians Danois depuis ce temps, fe font accoutumés à fe pourvoir de tout en Hollande, & actuellement cette branche du commerce eft devenue affez importante pour la république. Deux objets cependant donnent de la jaloufie aux Provinces-Unies & pourront peut-être dans la fuite des temps, caufer quelque méfintelligence entr'elles & le Danemarc. Le premier eft la pêche de la morue fur les côtes de l'lflande, dont les Hollandois prétendent être en poffeffion, & que les Danois leur conteftent. Déjà en 1740 les garde-côtes prirent cinq bâtimens de pêcheurs Hollandois, & les menerent à Copenhague. Le miniftre de la république les réclama. Plufieurs mémoires & déductions parurent de part & d'autre, dans lesquels chaque parti s'efforçoit de prouver

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fon droit. Les deux puiffances commencerent même à équiper quelques vaiffeaux pour foutenir leur caufe; & tout fembloit fe difpofer à une rupture, lorfque par la médiation de la Suede, cette affaire fut accommodée. Elle pourroit cependant bien donner lieu dans un temps plus favorable à de nouvelles difficultés. Le fecond objet eft l'établiffement de la compagnie des Indes orientales, qui s'eft fait à Copenhague. Il eft certain, que cet établissement fait un tort confidérable au commerce des Indes de la république, non pas par rapport à la vente des épiceries dont les Hollandois font feuls en poffeffion; mais à l'égard du débit des porcelaines, du thé, des toiles de coton, indiennes, des étoffes de la Chine, &c. dont le Danemarc pourvoit maintenant le nord & les provinces feptentrionales de l'Allemagne. Il eft naturel que les Hollandois foient fort jaloux des progrès de ce commerce, quoiqu'ils n'aient aucun droit fondé pour l'empêcher. Au refte, la république doit encore ménager le Danemarc par rapport aux troupes auxiliaires qu'elle peut prendre à fa folde de cette puiffance. Le roi de Danemarc eft en état de fournir, moyennant de bons fubfides, au-delà de douze mille hommes de troupes; & la république doit être charmée, lorfque dans fes befoins elle trouve de pareils marchés à faire.

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La Suede fe trouve prefque dans les mêmes relations avec la Hollande que le Danemarc. Maîtreffe de l'autre rivage du Sund, elle en peut difputer le paffage. Outre les bois, elle fournit encore à la Hollande, le chanvre, le cuivre, le fer & plufieurs autres denrées particulieres à la Norwege Suédoife. Il eft impoffible que la Hollande puiffe fe paffer de tous ces articles pour la navigation. Les loix fomptuaires qui font fort rigoureufes en Suede, empêchent que ce royaume ne tire beaucoup de marchandifes de la Hollande; mais néanmoins il s'y pourvoit des chofes dont il a le plus befoin, & dont il ne fauroit fe paffer. Comme il s'eft pareillement établi depuis quelques années une compagnie des Indes à Gottembourg, qui fait le même commerce, qui a le même débit, & qui roule fur les mêmes principes que celle de Copenhague; on peut auffi y appliquer les mêmes confidérations relativement à la Hollande. Au refte, la Suede eft toujours trop intimement liée avec la France, pour que la république puiffe efpérer de conclure quelque traité de fubfide avec la cour de Stockholm, toutes les fois que la France & la Hollande ne feront pas bien unies. Enfin, l'alliance avec la Suede peut être de grand poids pour l'équilibre du Nord; & c'eft encore par cette confidération, que les Etatsgénéraux doivent cultiver fon amitié, & y entretenir conftamment un miniftre qui veille à leurs intérêts.

La Ruffie a acquis depuis un demi-fiecle de fi grandes liaisons avec les autres puiffances de l'Europe, & fon autorité s'eft tellement augmentée dans le Nord, que toute l'Europe doit avoir des ménagemens pour elle, & rechercher les moyens de vivre en bonne intelligence avec cette cour. Les Tome XXVII.

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intérêts de commerce invitent la Hollande en particulier à fuivre cette maxime. Car la Ruffie, où le luxe regne avec excès, fans qu'il y ait de bonnes manufactures, prend tous les ans une prodigieufe quantité de toutes fortes de marchandises chez les Hollandois, & ceux-ci tirent en revanche beaucoup de denrées du crû de la Moscovie. Le chanvre pour le cordage, & le cuir de Ruffie, font, par exemple, des articles importans. Les Hollandois s'y pourvoient auffi de viandes falées pour les provifions de leurs vaiffeaux; le bœuf de Mofcovie étant plus abondant & à beaucoup meilleur marché, que celui d'Irlande & des autres contrées. Nous avons déjà parlé à l'article ANGLETERRE, de l'influence que la Ruffie a dans les affaires générales de l'Europe. Or, comme le fyftême politique de la Hollande eft le même à cet égard que celui de l'Angleterre, on peut auffi rapporter ici les mêmes principes que nous avons établis en cet endroit; & nous voyons que la conduite des Etats-généraux juftifie notre fentiment.

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La Porte-Ottomane peut encore favorifer les vues de la Hollande, ou les contrecarrer de plufieurs manieres, fur-tout lorfque cette derniere eft en alliance avec la maison d'Autriche. Les Turcs font auffi fort en état de donner de l'occupation à quelques puiffances de l'Italie, & peut-être à la France même; fur-tout fi jamais ils s'avifoient de paroître avec une flotte formidable dans la Méditerranée & qu'ils y fuffent foutenus par les pirates de Barbarie. D'ailleurs, la Hollande fait un commerce confidérable à Smyrne, à Conftantinople, à Scandrone, ou Alexandrette, & dans toutes les échelles du levant. Dans tous ces endroits il y a des comptoirs Hollandois, dont les propriétaires, après s'y être enrichis, retournent dans leur patrie. Tant de motifs engagent la république à entretenir conftamment un ambaffadeur à la Porte, qui y veille non-feulement en général aux intérêts de la Hollande, mais auffi à ceux des particuliers.

Les pirates de la côte de Barbarie ont caufé autrefois de grands préjudices au commerce des Hollandois, en s'emparant des vaiffeaux marchands de cette nation, & fur-tout de ceux qui faifoient voile vers la mer. Méditerranée, ou vers l'Océan atlantique occidental. Mais actuellement la république eft en paix avec les Algériens & les Saletins. D'ailleurs, quelque négligée que foit fa marine, elle a toujours affez de moyens pour faire refpecter fon pavillon, & pour châtier les pirates, fuppofé qu'ils vouluffent rompre de nouveau avec la république.

PRUSSE, Contrée d'Europe à titre de Royaume. LORSQUE la guerre de trente ans défoloit l'Allemagne, l'électeur George

Guillaume gouvernoit la marche de Brandebourg. On peut juger de l'état de fes forces par celui de fes finances. Il jouiffoit environ de deux cents mille écus d'Allemagne de revenus. Quelques compagnies de foldats répandus dans trois places fortes, faifoient toute fon armée. Quand le pays étoit menacé de quelque invafion, on raffembloit un certain nombre de payfans armés; mais cette milice mal difciplinée faifoit une foible réfiftance aux entreprifes de plufieurs puiffans voifins. L'électeur d'ailleurs étoit un prince foible, qui ne trouvoit dans fon efprit aucune reffource pour fuppléer au défaut de fes forces, & qui pour comble d'infortune, fe laiffoit gouverner par un ministre traître à la patrie, & vendu à l'empereur. Dans un auffi grand état de foibleffe, le Brandebourg fut en proie à la rapacité de toutes les parties belligérantes. Ce pays fut ruiné au point qu'il n'y refta que la terre toute nue, avec un petit nombre d'habitans fort miférables. On comprend bien que l'induftrie, le commerce, les arts & les fciences étoient totalement détruits dans une dévaftation auffi générale.

Frédéric-Guillaume prit les rênes du gouvernement au fort de ces trifles circonftances. Jamais prince n'eut un plus beau génie comme fouverain. Ses vertus civiles & militaires lui ont acquis le titre de grand, que la poftérité lui décerne encore, tandis qu'elle le refufe à Louis XIV, & à quantité d'autres qui en ont joui pendant leur vie. La guerre continuoit toujours. Frédéric-Guillaume fentit bien qu'il ne pourroit jamais mettre fes Etats à couvert d'infulte, ni obtenir juftice fur les vaftes prétentions qu'il avoit, ni se faire respecter dans l'Europe, fans fe pourvoir d'une bonne armée. Il commença donc par lever un nombre suffisant de troupes, & par les difcipliner; mais comme cette entreprise ne pouvoit réuffir, qu'autant qu'elle étoit appuyée fur les fecours pécuniaires, les finances furent réformées en même temps, & l'on chercha les moyens d'augmenter les revenus de l'Etat. A mesure que le peuple refpiroit, & fe refaifoit de fes pertes, l'électeur hauffoit les taxes. La recette générale des revenus fut portée jufqu'à près de deux millions d'écus dans les dernieres années de fa régence; cependant il faut y comprendre tout ce que rapportoient les nouvelles acquifitions faites par ce prince. Ses fujets n'eurent garde de murmurer contre les nouvelles impofitions, parce qu'ils virent l'ufage avantageux qu'on en faifoit. Car depuis ce moment jufqu'à nos jours, le Brandebourg a joui d'une tranquillité non interrompue ; & un fiecle entier s'eft écoulé fans qu'il ait efluyé aucune invasion ennemie; ce qui fans contredit eft une des plus grandes félicités d'un Etat. L'électeur d'ailleurs s'appliquoit à procurer à ses peuples les moyens de payer les fommes qu'il exigeoit d'eux. Il encourageoit l'in

duftrie; les arts étoient cultivés; on faifoit fleurir les fciences; on étendoit le commerce, on attiroit de tous côtés d'habiles artiftes. Ce grand prince fit creuser le fameux canal qui réunit l'Oder avec la Sprée, & qui par ce moyen facilite le débouché des marchandifes dans la mer Baltique, auffibien que dans celle du Nord. Les colonies nombreuses des François réfugiés fervirent fur-tout à porter dans le Brandebourg des manufactures de toute efpece, & la véritable intelligence de l'agriculture. Les naturels du pays ne manquerent point de profiter de leurs inftructions, & ils fe perfectionnerent bientôt. La navigation même fut entreprise avec fuccès. L'électeur obtint un établissement fur la côte de Guinée, & il auroit étendu fon commerce maritime dans toutes les quatre parties du monde, fi des distractions continuelles, & enfin la mort, ne l'en euffent empêché. D'un autre côté, ce grand prince se fit des amis & des alliés puiffans. Avec ces précautions & ce fecours, il repouffa les ennemis qui vouloient l'attaquer, & porta fes armes victorieuses jufques dans le fein de leurs Etats. La fituation des affaires générales de l'Europe, auffi-bien que fes intérêts particuliers, ne lui permirent point de refter conftamment attaché au même parti; mais il eft certain, qu'il ne changea jamais fans de bonnes raifons. Il vouloit jeter les fondemens de la puiffance de fa maison, & relever fes provinces de l'état miférable où elles avoient été réduites. D'auffi grands deffeins, foutenus par d'auffi petites forces, exigeoient que l'électeur se pliât aux circonftances du temps. On doit permettre quelques entorfes de politique à un prince accablé, & qui ne les met en ufage que pour devenir le pere de fes peuples. Frédéric-Guillaume battit les Polonois à Varfovie; il vola au fecours des Hollandois; il défit les Suédois à la miraculeufe bataille de Fehrbellin, & les mena toujours battant jufqu'au fond de la Pruffe. Ses exploits brillans & fes fages négociations au congrès de Munfter, lui valurent les acquifitions les plus confidérables. Il ajouta à fes Etats la Poméranie antérieure, l'évêché de Camin, les principautés de Butow & de Lauenbourg, l'archevêché de Magdebourg, l'évêché de Halberstadt, l'évêché de Minden, le duché de Cleves, le comté de la Marck, avec celui de Ravenfberg, & le cercle de Schwibus en Siléfie. Enfin ce grand prince laiffa en mourant, un Etat bien différent de celui qu'il avoit trouvé en parvenant à la régence.

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les

Frédéric fon fils lui fuccéda; & fon regne de vingt-cinq ans fut beaucoup plus pacifique, que celui du pere. L'Etat cependant acquéroit tous jours de nouvelles forces intérieures. Le luxe fut introduit dans le Brandebourg, & en même-temps les moyens de le fatisfaire. La capitale fut ornée de plufieurs bâtimens fuperbes. La cour étoit magnifique; & on établit toutes fortes de manufactures pour y fubvenir. La grande émigration des François proteftans fe fit fous ce regne, & Frédéric en profita trèshabilement. L'argent fut mis en circulation, le public en profita beaucoup, & les revenus de l'Etat augmenterent confidérablement. Les arts & les fcien

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