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Rammekens, & ne devoir plus avoir lieu, depuis que ces villes avoient été reftituées (a), & qu'Elisabeth avoit été rembourfée des fommes qu'elle avoit prêtées à l'Etat (b).

Il eft compofé d'un nombre fixe de douze membres députés par les Provinces, un de Gueldres, rois de Hollande, deux de Zélande, un d'Utrecht, deux de Frife, un d'Over-Iffel, & deux de Groningue. Le stadthouder-général y a la premiere place comme par-tout ailleurs. Le tréforiergénéral, qui a l'infpection générale fur les finances & qui eft un miniftre à vie, & un député de la nobleffe, y ont auffi féance. Les voix y fout comptées par têtes & non par provinces; & chaque député préfide une femaine tour à tour. Avant que d'entrer en fonction, les membres députés des provinces prêtent ferment de préférer l'intérêt de la république à celui de leurs provinces, & de ne former les avis que relativement au bien de la généralité. Ils reçoivent leurs commiffions des Etats-généraux.

Il ne reconnoît point de college fupérieur de juftice, & prononce par conféquent fouverainement. On n'appelle point de ce confeil aux Etats-généraux; mais les députés aux Etats-généraux, comme repréfentans les fept Provinces-Unies, ont droit de revoir les fentences du confeil d'Etat, ainfi que celles de tous les juges de la généralité.

Il écrit des lettres, donne des avis, & forme des pétitions (c) aux EtatsGénéraux, fur tout ce que le bien commun exige de fa vigilance, pour la levée des gens de guerre & des taxes. C'eft fur ces avis & fur ces pétitions que les Etats-généraux forment leurs décifions. Lorfque le confeil d'Etat ne fe porte pas de lui-même à donner fon avis ou à faire fa pétition, les Etats-généraux prennent la réfolution de prier le confeil d'Etat de donner fon avis fur un tel fujet, ou de faire une telle pétition.

Il est chargé de l'exécution de tout ce qui a été réfolu dans l'affemblée des Etats-généraux, relativement aux affaires militaires & à celles de finance; & de l'infpection fur l'entretien des troupes & des fortereffes, fur les contributions & fur les revenus qu'on tire des villes conquifes.

C'eft de ce confeil qu'en temps de guerre l'on tire toujours un député qui fait la campagne avec ceux des Etats-généraux, pour affifter de leur avis le général de l'armée, & pour veiller fur tout ce qui peut intéreffer le fervice de la république.

II. La chambre des comptes, établie du confentement des fept Provinces, pour foulager le confeil-d'Etat dans la direction des finances, eft compofée de deux députés de chaque Province, & adminiftre les deniers du fifc. Elle enregiftre les ordonnances du confeil-d'Etat, & arrête les comptes des receveurs-généraux & particuliers.

(a) Le 14 de juin 1616.

(b) Remarques fur l'état des Provinces-unies, par Temple,
(c) Terme confacré, qui fignifie demande,

III. La chambre des finances, chargée de régler tous les comptes des frais des armées, eft fubordonnée au confeil-d'Etat, de même qu'à la chambre des comptes, quoique celle-ci foit moins ancienne que celle des finances.

IV. Toutes les Provinces ont droit de faire battre monnoie, comme une marque effentielle de leur fouveraineté particuliere; mais elles font convenues que la monnoie des fept Provinces auroit la même valeur intrinfeque. C'est pour l'obfervation de ce réglement que la chambre des monnoies de la généralité a été établie.

V. Le confeil de l'amirauté a la difpofition abfolue des affaires de la marine, & regle le nombre & la grandeur des vaiffeaux, lorfque les Etatsgénéraux ont réfolu, de l'avis du confeil-d'Etat, de mettre une flotte en mer. Ce tribunal exerce fa jurifdiction fur la mer & fur les rivieres, & connoît des naufrages, des déprédations, & des délits qui s'y commettent. Il veille fur tout ce qui peut contribuer au bien du commerce; & il est compofé des députés d'Amfterdam, Rotterdam, Middelbourg (Horn & Enckhuyfen alternativement) & Harlingen, qui forment enfemble cinq colleges, dans lefquels l'amiral ou le vice-amiral préfide toujours.

La juftice eft fort bien adminiftrée aux fujets de cette république; mais les procès y traînent en longueur, comme dans beaucoup d'autres Etats. La plupart des Provinces ont chacune une cour de juftice, & il eft permis d'y porter l'appel des tribunaux des villes particulieres, fi ce n'eft dans les caufes criminelles. Si la partie condamnée parvient à obtenir la révifion de fon affaire, elle peut la demander aux Etats de la Province qui nomment alors, pour revoir la fentence, un certain nombre de perfonnes verfées dans les loix & coutumes du pays, dont le jugement eft fans appel.

Les coutumes des lieux & les ordonnances des anciens comtes, confirmées par les Etats-généraux modernes, font les feules qui ayent force de loi dans les tribunaux de judicature des fept Provinces. On n'y fuit le droit romain, qu'autant qu'il eft conforme à la raifon, & les juges n'y ont d'égard que comme à des avis de perfonnes fages & judicieufes..

Nous parlerons du Stadthouder des Provinces-Unies dans un article particulier; Voyez STADTHOUDER) jetons un coup-d'œil fur les intérêts politiques de cette république.

Intérêts politiques de la république des Provinces-unies..

Il s'en faut beaucoup, que les relations de commerce entre la Hollande

L

& le Portugal foient auffi confidérables qu'elles le font entre l'Angleterre & ce royaume; car les Portugais font beaucoup plus de cas des manufactures angloifes, que de celles de Hollande, & cette république en revanche ne tire que très-peu de vins & d'autres denrées du Portugal. Cependant le commerce qui fe fait encore entre les deux nations, mérite bien que la république

entretienne, comme elle le fait toujours, un ministre à la cour de Lisbonne, & divers confuls dans les ports de mer, qui protegent en même temps les négocians hollandois établis en grand nombre dans toutes les villes marchandes du Portugal. Autrefois les Hollandois ont fait diverses tentatives avec peu de fuccès fur le Brefil & les autres poffeffions portugaifes en Amérique. Mais ils ont été plus heureux à débufquer cette nation de la plus grande partie du commerce des Indes orientales, qu'ils fe font approprié. Leur politique doit donc fe porter à nuire autant qu'ils le pourront aux Portugais en Afie, mais à les laiffer tranquilles en Amérique; vu le peu de juftice qu'il y auroit à vouloir les en chaffer, & le peu de fuccès qu'il y auroit à efpérer de ce côté-là.

L'Espagne a de grandes liaisons avec la Hollande, qui font telles aujourd'hui, qu'elles ne fauroient tourner qu'à l'avantage réciproque des deux nations. Car la Hollande n'a pas à craindre que l'Espagne veuille réclamer fes anciens droits fur les Pays-Bas. En tout cas, s'il s'agiffoit de contefter à la république fa liberté & les prérogatives qui en découlent, ce ne feroit pas à l'Espagne à former les moindres prétentions à cet égard. Les Pays-Bas étoient tombés en partage à un prince de la maifon d'Autriche, l'empereur Maximilien I, qui époufa Marie, fille unique de Charles-le-Hardi, & héritiere de Bourgogne, dont les defcendans furent auffi rois d'Efpagne. Le trône d'Espagne étant occupé par un prince de la maifon de Bourbon, & les autres dix Provinces étant demeurées à la maison d'Autriche; il eft certain que, que, s'il y avoit des prétentions, ce ne feroit plus à l'Espagne à les former. Mais l'indépendance que les fept Provinces ont acquife les armes à la main, & la reconnoiffance que toutes les puiffances de l'Europe en ont faite, les mettent à l'abri de toute crainte à cet égard. Au refte, le commerce qui fe fait entre l'Espagne & la Hollande, eft des plus confidérables. Cette derniere tire une immenfe quantité de laines, de vins, & de tous les autres produits de l'Efpagne; & les Espagnols en échange fe pourvoient chez les Hollandois de draps, d'étoffes, de toiles, de cannevas & d'autres ouvrages des manufactures du pays. Ce commerce, tant pour l'intérieur du royaume, que pour l'Amérique, eft fi confidérable, qu'il y a une grande quantité de négocians hollandois établis dans toutes les villes d'Efpagne, & la nation hollandoife a toujours un très-grand intérêt dans les galions, quoiqu'indirectement. C'eft auffi la raison pourquoi la Hollande n'a jamais vu de bon œil, que les Anglois aient empêché le retour de ces mêmes galions, en envoyant des flottes formidables croifer dans l'Océan. Enfin, lorfque l'Angleterre eft en guerre ouverte avec l'Espagne, la république tâche toujours d'entretenir la neutralité, & par ce moyen, elle s'empare feule du commerce le plus vafte & le plus confidérable de l'Europe. La Hollande par toutes ces raifons entretient conftamment un ambaffadeur à la cour de Madrid pour y veiller à fes intérêts, & des confuls dans les ports de mer pour protéger le commerce.

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La France a été tantôt alliée intime, & tantôt ennemie déclarée de la Hollande, fans qu'on ait pu former jufqu'à préfent de combinaisons raifonnables pour un fyftême conftant entre ces deux nations. Il eft certain qu'à en juger par l'hiftoire, les plus beaux temps de la république ont été ceux où elle eut une alliance étroite avec la France. En effet, cette cou ronne, à bien confidérer les chofes, ne trouveroit pas fon compte à réduire les fept Provinces, quand même elle en auroit les moyens. Tout ce qu'elle pourroit obtenir, & même efpérer de plus favorable, feroit de les affujettir à une espece de dépendance, & d'empêcher que la république ne prêtât des fecours aux ennemis de la maifon de Bourbon. Il eft cependant de l'avantage de la France d'entretenir auprès des Etats-généraux nonfeulement un miniftre du premier ordre, mais auffi d'envoyer des émiffaires dans les différentes Provinces, afin de conferver & d'augmenter, s'il fe peut, le parti françois que l'on y trouve toujours. La Hollande, au contraire, doit tâcher de ne pas s'attirer une puiffance auffi formidable fur les bras pour des querelles qui ne la touchent qu'indirectement, ou pour des vues éloignées. Les intérêts de commerce qui fubfiftent entre ces deux puiffances, les privileges relatifs à la navigation dont la nation hollandoife jouit en France, font de nouveaux motifs pour la république de se ménager l'amitié de la France, fur-tout depuis que l'alliance entre les maisons d'Autriche & de Bourbon, lui ôte peut-être un des plus grands moyens qu'elle avoit à opposer à la France. Du refte, dans les circonftances critiques où fe trouve la Hollande, nous voyons que la France paroît l'affectionner plus que jamais.

Naturellement il y a une diverfité d'intérêts entre la Hollande & l'Angleterre, dont le principe fe trouve dans le commerce, & qui fait l'objet principal de ces deux nations. En vain a-t-on vu les miniftres Anglois foutenir à La Haye le contraire dans tous leurs difcours publics; on ne nous perfuadera jamais, que deux peuples fitués fur la même mer, qui ont chez eux les mêmes manufactures, qui font le même commerce, qui l'un & l'autre tâchent d'étendre leur navigation, & qui ne fauroient avoir des vues d'agrandiffement que par ces mêmes endroits, puiffent fubfifter long-temps, fans qu'il naiffe entr'eux de la jaloufie, pour ne pas dire une rivalité parfaite. La Martiniere, dans fa continuation de l'hiftoire de Puffendorff, compare l'Angleterre & la Hollande à deux négocians qui font le même commerce, mais qui ont leur boutique trop près l'un de l'autre. L'histoire même vérifie ce fentiment; car nous y voyons fort fouvent cette rivalité éclater en guerre ouverte. Mais les progrès considérables du commerce de la France, & l'agrandiffement général de cette puiffance, ont réuni les intérêts de l'Angleterre & de la Hollande; & depuis le commencement de ce fiecle jufqu'à la guerre préfente, nous les avons vus entretenir une amitié & une union prefque conftante, afin de s'oppofer d'autant mieux au danger commun. Cette politique n'eft pas mauvaise pour l'Angleterre qui

s'en eft cruellement prévalu aux dépens des Hollandois. Elle leur a fait fentir, tant dans la derniere guerre que dans celle-ci, d'une maniere bien impérieufe, ce que l'on gagne à s'unir avec un plus fort que foi. Les Hollandois ont diffimulé, temporifé; ils fe font oubliés eux-mêmes jufqu'à donner des armes à des alliés qui les maltraitoient prefque comme des ennemis. Ils ne ceffoient de placer leurs fonds en Angleterre : ils négligeoient leur marine guerriere. En un mot, ils faifoient tout ce qu'il falloit pour fe mettre de plus en plus dans la dépendance de l'Angleterre, & accroître fon audace. Si les Hollandois avoient eu cinquante millions de moins dans les fonds d'Angleterre, & cinquante vaiffeaux de ligne de plus dans leurs ports, leur pavillon eut été plus refpecté. C'eft une leçon qu'ils payent bien cher, & qu'ils cherchent aujourd'hui à mettre à profit. Ils auroient dû fe fouvenir toujours que leur fituation locale (qui est très-différente de celle de l'Angleterre) lui défendoit d'entrer auffi avant que cette puiffance dans les mefures que l'on oppofe à la France, & qu'ils devoient donner beaucoup d'attention à l'entretien de leurs forces navales, afin de pouvoir s'opposer même à l'Angleterre, dont ils ont tout à craindre.

L'Italie n'a prefque d'autres relations avec la Hollande, que celles qui naiffent du commerce. Car les autres liaisons politiques font indirectes, & ne regardent la république qu'autant que l'Italie entre dans le fyftême gé néral de l'Europe, & que fon intérêt exige de voir telle ou telle province entre les mains d'un prince qui puiffe favorifer fes vues. Mais la voie de la négociation eft celle qu'elle emploie ordinairement en pareil cas ; & nous n'avons prefque jamais vu agir fes troupes par-delà les Alpes. Les raifons en font les mêmes que celles que nous avons données pour l'Angleterre. Les flottes Hollandoifes fe font quelquefois jointes à celles des Anglois pour agir dans la Méditerranée; mais la Hollande n'y a jamais fait de grands efforts. Au refte, il y a des comptoirs Hollandois établis dans toutes les villes maritimes de l'Italie, qui font protégés par des confuls, ou des miniftres du fecond ordre. Le roi de Sardaigne, le roi des deux Siciles & le grand-duc de Florence entretiennent conftamment des envoyés à La Haye.

Les plus grandes liaisons de la Hollande avec les treize-cantons fe rapportent aux troupes Suiffes, engagées au fervice de la république. L'on peut dire que ce corps d'infanterie eft un de ceux fur lequel les Hollandois peuvent faire le plus de fonds; & c'eft auffi pour cette raifon, qu'ils doivent employer tous les moyens propres à l'entretenir & à le recruter. De-là naiffent les égards que la Hollande doit toujours avoir pour le corps helvétique. Dans les temps des démêlés avec la France, la Suiffe peut rendre des fervices importans, même fans se déclarer ouvertement contre cette couronne, foit en fourniffant des troupes, foit en refufant le paffage aux corps des François qui voudroient pénétrer par la Suiffe en Italie, ou dans quelque province de l'Allemagne. En un mot, il eft de l'intérêt des puif

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