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ron vingt-cinq mille hommes tant officiers que foldats & matelots; elle entretient près de cent quatre-vingts vaiffeaux, depuis 30 jufqu'à 60 pieces de canon; & elle pourroit encore, dans le befoin, en armer quarante de plus gros (a). Heureufe, fi elle eût pu fe maintenir dans le degré de puiffance où elle étoit parvenue! Mais depuis quarante-neuf ans elle a perdu plus de cent cinquante de fes vaiffeaux qui ont fait naufrage en Europe, au cap de Bonne-Espérance, ou aux Indes; & depuis la paix de Munfter toutes les puiffances maritimes fe font fi fort appliquées au commerce, que les marchandifes des Indes devenues moins rares, font baiffées de prix, & que les dépenfes des Hollandois font beaucoup augmentées. Il ne venoit autrefois en Hollande que cinq ou fix vaiffeaux des Indes tous les ans, il en vient aujourd'hui jufqu'à dix-huit ou vingt; & les marchandifes, pour être débitées, reftent par conféquent plus long-temps dans les magafins. Enfin la compagnie des Indes de France ayant profpéré depuis trente-neuf ans, empêche d'une part que les Hollandois n'envoyent en France pour dix ou douze millions de denrées & de marchandifes orientatales, comme ils faifoient autrefois, & leur en vend de l'autre peut-être encore autant à eux-mêmes, ce qui met une différence d'environ vingt millions dans la balance de notre commerce annuel avec la Hollande.

La compagnie des Indes occidentales qu'on appelle auffi en Hollande la compagnie d'Afrique, eft encore comme une république fouveraine formée dans le fein de la Hollande, avec les mêmes droits & la même autorité, & dans la même dépendance que la compagnie des Indes orientales, mais elle n'a pas eu un fuccès fi favorable. Elle ne poffede en Guinée que le fort de Saint-Georges de la Mine & quelques autres places; au cap de Bonne-Efpérance, une belle colonie; dans l'Amérique feptentrionale, l'ifle de Curaçao, l'une des ifles de l'Archipelage du Mexique, appellées Ifles fous le vent, & qui fe trouve fituée entre celle de Bonair & d'Oraba, appartenant aux Espagnols; & dans l'Amérique méridionale, Surinam.

Les fept provinces font étroitement confédérées & intimement engagées à la défenfe de chacune d'elles, comme fi elles ne formoient qu'un feul corps & une feule province. Le gouvernement de cette république eft démocratique.

Chaque province eft fouveraine d'une fouveraineté abfolue. (b) Ses Etats particuliers ordonnent des impôts, font battre monnoie, & exercent tous les autres actes de fouveraineté, hormis celui de décider des alliances avec les puiffances étrangeres, de la guerre & de la paix. C'eft un droit dont chaque province s'eft dépouillée, & qui ne peut être exercé que par les Etats-généraux, lefquels repréfentent la fouveraineté de l'union. Le gou

(a) Janiçon, Etat préfent de la république des Provinces-unies, pag. 364 du premier volume.

(b) Pleno jure domini, pleno fupremi exercitio.

vernement de chaque province eft démocratique comme celui de la république.

Le gouvernement de chaque ville eft encore démocratique, fi l'on en excepte Amfterdam dont le gouvernement eft ariftocratique, parce que le peuple de cette ville, devenu trop nombreux, a cédé à un fénat l'autorité fuprême. Ce fénat eft compofé de trente-fix perfonnes, il eft perpétuel & a le droit de remplacer les fénateurs & d'élire les bourguemaîtres & échevins qui difpofent des charges fubalternes.

Le ftadthouder général & héréditaire que fe font donné les fept provinces, nomme à tous les emplois civils & militaires dans toutes les provinces, fi l'on en excepte celle de Hollande qui s'eft réfervé le droit de nommer à certains emplois, fur la préfentation du ftadthouder.

*

Ces fept provinces font moins une feule république que fept républiques confédérées pour la défenfe commune de toutes, fans aucune dépendance ni fujétion entr'elles, fi ce n'eft à l'égard des conditions fondamentales de l'union. On pourroit même dire qu'il y a autant de républiques dans ce payslà qu'il y a de villes, & que l'Etat eft un affemblage de républiques enclavées les unes dans les autres. Chaque province a droit de vie & de mort fur fes habitans fans appel, & le pouvoir de faire battre monnoie. Mais rien ne se réfout dans les affemblées provinciales, qui n'ait été premiérement arrêté dans le confeil des villes. Les provinces ne font foumifes à aucune impofition, qu'elles n'y aient donné un confentement exprès, & la pluralité des fuffrages dans les affemblées des Etats-généraux des sept Frovinces-Unies eft, à cet égard, impuiffante, parce qu'il faut que la volonté particuliere de chaque province concoure; mais une province ne peut, dans les villes de fon reffort, ni exercer sa fouveraineté, ni exécuter la réfolution prife dans une affemblée provinciale, ni faire arrêter perfonne que de l'autorité de la juftice & par le miniftere des officiers de la ville même où cela fe fait. Comme un peintre affoiblit infenfiblement fes couleurs par des teintes toujours plus légeres, jufqu'à ce qu'elles fe noyent dans une autre couleur, la fouveraineté de la république fouffre à peu près la même dégradation, depuis les Etats-généraux jufqu'aux villes de chaque province.

L'affemblée de ces Etats-généraux étoit anciennement compofée de fept ou huit cents perfonnes; mais pour éviter les frais & l'embarras d'une fi nombreuse affemblée, il fut réfolu que les Etats provinciaux feroient déforma is représentés dans l'affemblée générale par leurs députés, & que l'affemblée de ces différens députés des Etats provinciaux, conferveroit le nom d'Etats-généraux. Cette affemblée qui s'eft tenue autrefois à Utrecht, à Berg-op-zoom (a), & ailleurs, fe tient préfentement à la Haye. C'eft-là

(a) En 1609, on tint encore à Berg-op-Zoom une affemblée des Etats de toutes les provinces, pour confirmer avec plus de folemnité la treve conclue avec l'archiduc Albert. Il y en eut un autre en 1651.

qu'elle compofe un college fédentaire, où il y a un fauteuil pour le ftadthouder, où il n'y a que fix chaifes pour chaque province, & où il n'entre ordinairement que cinquante-deux députés, lefquels font comme les plénipotentiaires des fept fouverainetés qui forment cette république. Chaque province y envoie tel nombre de députés qu'elle juge à propos; mais les députés furnuméraires fe tiennent debout. On y opine par province, & les députés de chaque province, en quelque nombre qu'ils foient, n'y ont qu'une voix, de maniere que le nombre des voix n'est jamais que de fept. Ces fept fuffrages de l'affemblée générale des provinces, reçoivent chacun fon influence de fept autres colleges qui font les Etats particuliers de chaque province, lefquels font compofés des députés de la nobleffe & des villes, & reçoivent eux-mêmes leur miffion de 67 autres colleges. En Gueldres, il y a les colleges des nobles de chacun des trois quartiers & de treize villes; en Hollande, le college des nobles & de dix-huit villes; en Zélande, fix villes; en Utrecht, le clergé, les nobles, quatre villes; en Frife, les colleges des Griermans des trois quartiers, & d'onze villes; en Over-Iffel, le college des nobles, & trois villes; en Groningue, la ville de ce nom forme un membre, & les Ommelandes en compofent un autre.

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Dans cette affemblée commune, les fept provinces préfident tour à tour par leurs députés, felon le rang qu'elles tiennent entr'elles. Leur présidence dure une femaine, depuis le dimanche à minuit jufqu'à la même heure de la femaine fuivante, & c'eft celui qui tient le premier rang dans la députation de fa province, qui a les honneurs de la préfidence. La Gueldre préfide la p:emiere; la Hollande la feconde, &c.

C'eft le président de femaine qui donne les audiences aux miniftres étrangers, qui reçoit les mémoires qu'ils préfentent aux Etats-généraux, qui les fait lire dans l'affemblée, auffi bien que les requêtes des citoyens, qui propofe les affaires, recueille les voix, & prononce la réfolution.

L'ambaffade des Etats-généraux en France eft affectée à la province de Hollande; celle d'Efpagne à la province de Gueldres; celle d'Angleterre à la province de Zélande.

La pluralité des fuffrages n'a lieu dans les délibérations de ce peuple. que lorsqu'il s'agit de l'exécution de loix déjà faites. Il faut un confentement unanime, pour faire ou la guerre ou la paix, pour conclure des alliances, pour fixer la valeur numéraire des efpeces, pour augmenter les forces de terre & de mer de la république, & pour lever des taxes extraor dinaires. Dans tous ces cas, l'oppofition d'une feule province & même celle d'une feule ville empêche que les délibérations des autres n'aient leur effet. On en vit un exemple éclatant fur la fin du dernier fiecle (a). Lá France & l'Espagne étoient en guerre, les Provinces-Unies étoient difpo

(a) En 1680.

fées

fées à époufer la querelle de l'Espagne. Le prince d'Orange n'avoit rien oublié pour les faire déclarer, mais tous les mouvemens qu'il fe donna furent inutiles. La contradiction de la feule ville d'Amfterdam, empêcha les Provinces-Unies de prendre part à la guerre (a). C'est un inconvénient d'autant plus confidérable, que l'intérêt de toutes les provinces n'eft pas toujours le même dans tous les points. S'il s'agit, par exemple, de prendre quelques précautions contre les événemens d'une guerre prochaine, les provinces de Hollande & de Zélande fouhaitent que la république arme par mer, parce qu'elles font maritimes; & les provinces de Gueldres & d'Over-Iffel, qu'on leve des troupes de terre, parce qu'étant méditerranées elles ont moins à craindre du côté de la mer. L'affemblée des Etatsgénéraux eft d'ailleurs compofée d'un fi grand nombre de députés & d'hommes d'un caractere fi différent, qu'il eft prefque impoffible qu'il y ait de l'unanimité, & que tous les députés marchent d'un pas égal vers l'intérêt général. Combien, d'un autre côté, n'eft-il pas facile aux puiffances étrangeres de faire naître la division entre les députés, & d'en profiter au défavantage de la nation?

Une fociété dont les membres font indépendans, ne fauroit fubfifter, & il n'y a point de loi en Hollande qui leve en certains cas l'obftacle de la difparité des fentimens. Je ferois, fur cet ufage des Hollandois, les mêmes réflexions que le droit de contradiction des nonces Polonois fuggere naturellement, s'il n'étoit plus aifé dans les Pays-Bas de ramener à l'unanimité un petit nombre de représentans de villes ou de provinces, que de réunir au même fentiment cinquante mille nobles qui compofent les dietes générales de Pologne. D'ailleurs, lorsqu'il est question des monnoies, de la conclufion de la paix, de la réduction des troupes (b), & de quelques entreprises propofées contre une puiffance qui a été déjà déclarée ennemie, d'un confentement général, les Etats-généraux peuvent faire, à la pluralité des fuffrages, plufieurs décifions auxquelles les provinces qui auroient été d'un avis contraire, font tenues de fe conformer. J'ajoute que les régens de cette république paroiffent depuis quelque temps occupés dù foin d'anéantir la loi de l'unanimité, & que des motifs preffans les ont déjà plus d'une fois déterminés à fe contenter de la pluralité des voix, en des occafions où le confentement unanime feroit requis felon les loix fondamentales de l'union. Le traité de Weftphalie, & celui de la grande alliance (c) furent conclus fans le confentement de la province de Zélande (d).

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(a) Introduction à l'histoire, par Puffendorff, de l'édition de 1722, tom. I, p. 421. (6) En 1717, on licencia quelques compagnies Bernoises, à la pluralité des voix, Lamberti, tom. X, p. 293.

(c) En 1701, à l'occafion de la fucceffion d'Espagne,

(d) Lamberti, tom. IX, pag. 565.

Tome XXVII.

II y eut quelques années après (a), une promotion d'officiers-généraux, quoique cette même province s'y oppofar. Lorfque la triple alliance fe fit (b) entre la France, l'Angleterre, & la Hollande, la Zélande refufa encore conftamment d'y confentir, mais on ne laiffa pas de nommer des plénipotentiaires (c). Les Etats-Généraux ordonnerent une augmentation des troupes de la république malgré le refus réitéré que la province de Groningue fit d'y donner fon confentement (d). Ils ordonnerent encore une nouvelle augmentation de vingt mille hommes de troupes de terre, malgré l'oppofition de la province de Zélande; & un armement naval, nonobstant les proteftations des provinces d'Utrecht & de Groningue, Peu de temps après (e), ils firent une promotion d'officiers-généraux, contre la protestation de trois des fept Provinces. Enfin, les Etats-généraux réfolurent enfuite (f) de faire marcher vingt mille hommes au fecours de la reine de Hongrie, après avoir eu le confentement des provinces de Hollande, Zélande, Frife, & Over-Iffel, quoique celles de Gueldres, d'Utrecht, de Groningue, & même quelques villes des quatre autres, s'y fuffent oppofées. Toutes ces confidérations font voir que la loi de l'unanimité` a beaucoup moins d'inconvéniens en Hollande qu'en Pologne. Peut-être que les Hollandois l'anéantiront totalement par le non-ufage, s'ils ne la révoquent expreffément; mais cette altération, quelques autres que ce gouvernement a reçues peu à peu, l'élévation encore récente d'un ffadthouder général & héréditaire, influeront néceffairement fur le fond de la conftitution de cet Etat.

&

La généralité a plufieurs confeils & tribunaux.

J. Le confeil d'Etat qui repréfentoit la république, lorfque les Etats-généraux n'étoient pas affemblés, avoit reçu fa jurifdiction avant l'établifement d'une affemblée permanente de députés des fept Provinces. Les Provinces-Unies avoient entr'autres points, accordé (g) à Elifabeth reine d'Angleterre, qui les protégeoit, que fon ambaffadeur auroit féance & voix au confeil d'Etat. La préfence de ce miniftre devint bientôt à charge aux Provinces; elles ne voulurent pas qu'il eût part plus long-temps à leurs réfolutions, & prenant pour prétexte que le confeil d'Etat s'attribuoit trop d'autorité, elles renvoyerent les affaires les plus fecretes à une affemblée qu'elles appellerent les Etats-généraux. Par-là elles rendirent inutile le privilege de l'ambaffadeur Anglois, qu'elles foutenoient n'avoir été accordé qu'en confidération de la poffeffion de la Brille, de Fleffingue, & de

(a) En 1714, Lamberti, tom. III, pag. 51.

(b) En 1717.

(c) En 1741.

(d) Le 23 de mars 1742.

(e) Le 19 de septembre 1742.

(ƒ) Le 17 de mai 1743.

(g) Traité fait le 10 d'août 1585 entre Elifabeth & les Hollandois.

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