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faurois regarder d'un autre œil, la recherche de toute vérité, dont la découverte n'apporte aucun bien réel à la fociété,

Je n'entends pas placer dans ce rang la difcuffion des particularités du gouvernement qui fut établi lors de la naiffance de la monarchie. Cet article eft intéreffant; il fert à faire connoître quels font les droits de la couronne, & quels font les droits des fujets. On doit un fentiment de reconnoiffance aux foins de l'auteur de l'Esprit des loix. Il a fait fentir les excès dans lesquels tomboient les deux fyftêmes donnés au public dans notre fiecle. Il falloit une étude auffi profonde, des lumieres auffi perçantes, pour développer le faux de l'un & de l'autre. Lui feul y pouvoit allier ces traits d'efprit & de feu qui le caractérisent, & qui diffipent la fécheresse & Pennui de ces matieres. Je rends avec joie ce témoignage à un auteur, dont je ne ceffe d'admirer le génie.

PROVENCE, Province de France.

LA Provence eft bornée au nord par le Dauphiné, au midi par la Mé

diterranée, au levant par les Alpes & le Var qui la féparent de la Savoie, au couchant par le Rhône, qui la fépare du Languedoc. Son étendue du midi au nord eft de 40 lieues, & de 32 du levant au couchant.

On divise la Provence en Haute & Baffe: la Haute eft au nord, & la Baffe au midi. La premiere eft un pays affez tempéré, qui donne des pommes, du blé, mais peu de vin. Dans la Baffe, l'air eft très-chaud; fon terroir eft fec & fablonneux, produifant des grenadiers, des orangers, des citronniers, des figuiers, des plantes médicinales, des mufcats, &c. M. Godeau l'appelloit ingénieufement la gueufe parfumée. Elle abonde encore en oliviers & en mûriers.

Les principales rivieres de la Provence font la Durance, le Verdon & le Var. Elle comprend deux archevêchés & douze évêchés. Il n'y a plus d'Etats généraux depuis 1639, mais il y a des affemblées générales tenues tous les ans, par ordre du roi, à Lambefc. L'archevêque d'Aix y préfide. Le commerce de cette province eft considérable, foit pour le Levant, soit pour l'Italie.

Il y a en Provence des étangs & des golfes de grande étendue. L'étang de Martigues au bord de la mer, entre Marfeille & le Rhône, a plus de 4 lieues de large. Le golfe de Griauld, & celui de Toulon, ont chacun environ 4 lieues de longueur. Le port de cette derniere ville & celui de Marseille font très-renommés. Les ifles d'Hieres font célébres. On appelle mer de Provence la partie de la Méditerranée qui eft au midi de cette province. Elle comprend les mers de Marseille, le golfe de Martigues, & celui de Griauld. La religion de Malthe poffede de grands biens dans

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cette province. Elle y a deux grands prieurés, & foixante & onze commanderies. Aix eft la capitale de toute la province.

Le nom de Provence vient de Provincia, que les Romains donnerent cette partie des Gaules qu'ils conquirent la premiere: elle étoit de plus grande étendue que la Provence d'aujourd'hui; car outre le Languedoc, cette province romaine contenoit encore le Dauphiné & la Savoie jusqu'à Geneve; néanmoins on voit que communément dans le neuvieme, le dixieme & le onzieme fiecle, le nom de Provence étoit donné au pays qui eft à l'orient du Rhône, & l'on n'appelloit en particulier le comté de Provence, que ce qui eft enfermé entre la mer Méditerranée, le Rhône, la Durance & les Alpes.

Ce pays étoit autrefois habité par les Salyes ou Salices, que quelques-uns écrivent en latin Salvi, & d'autres Saluvii & Salluvii, qui étoient Liguriens d'origine. Les Marseillois venus des Grecs de Phocée en Jonie, s'étoient établis fur les côtes de ce pays-là, où ils avoient fondé plusieurs villes. Les anciens habitans qui fouffroient avec peine ces nouveaux venus, les incommodoient par de fréquentes hoftilités; de forte que les Marseil lois furent contraints d'implorer le fecours des Romains leurs alliés. Fulvius, conful romain, fut envoyé contre les Salyes, l'an 629 de la ville de Rome, & 125 ans avant Jefus-Christ. L'année fuivante il les battit dans quelques combats, mais il ne les fubjugua point; ce fut le confulaire Sextius qui acheva cette conquête, & chaffa le roi Teutomate de ce pays, qu'il abandonna pour fe retirer chez les Allobroges l'an 631 de Rome, & 123 avant Jefus-Chrift. Ainfi, les Romains commencerent alors à avoir le pied dans la Gaule tranfalpine. Ce pays fut des derniers qui leur refta, & qu'ils ne perdirent qu'après la prife de Rome par Odoacre.

Euric, roi des Vifigoths, s'empara de la Provence, & fon fils Alaric en jouit jufqu'à ce qu'il fut tué en bataille par Clovis. Les Vifigohts, qui étoient maîtres de ce pays, le donnerent à Théodoric, roi des Oftrogots, qui le laiffa à fa fille Amalafunte, & à fon petit-fils Athalaric. Après la mort d'Athalaric & d'Amalafunte, les Oftrogots preffés par Bélifaire, général de l'empereur Juftinien, abandonnerent la Provence aux rois François Mérovingiens, qui la partagerent entr'eux.

Sous les Carlovingiens la Provence fut poffédée par l'empereur Lothaire, qui la donna à titre de royaume à fon fils Charles, l'an 855, & ce royaume s'éteignit vers l'an 948. Plufieurs princes en jouirent enfuite à titre de comté, jufqu'à la mort de Charles, roi de Sicile, qui à ce que prétendit Louis XI, l'avoit inftitué fon héritier, en 1481.

Ce qu'il y a de certain, c'eft que Louis XI prit poffeffion de toute la Provence, & fit ouir en juftice plufieurs témoins, qui affirmerent que Charles avoit déclaré hautement avant fa mort, qu'il vouloit que le roi de France fût héritier de tous fes Etats qu'il laiffoit à la couronne. On promit néanmoins aux Provençaux qu'on leur conferveroit leurs loix particu

lieres & leurs privileges, fans que par l'union à la couronne leur pays pût devenir province de France. C'eft pour cela que dans les arrêts rendus au parlement d'Aix, on met, par le roi, comte de Provence; & les rois dans leurs lettres adreffées à ce pays-là, prennent la qualité de comtes de Provence.

Ce fut en vain qu'après la mort de Louis XI, René, duc de Lorraine, renouvella fes prétentions fur la fucceffion du roi René, fon ayeul maternel; il en fut débouté par une fentence arbitrale, après quoi Charles VIII unit à perpétuité la Provence à la couronne de France, l'an 1487.

PROVINCES-UNIES, celles des Provinces des Pays-Bas, au nombre de fept, qui fe font érigées en république.

Gouvernement de la république des fept Provinces-Unies.

LES Bataves ne plierent jamais fous le joug de Rome. Ils lui rendirent

des fervices fignalés; mais ils furent fes alliés & fes amis, fans être fes efclaves. On trouve des traits remarquables de leur bravoure dans l'hiftoire des empereurs. Les exploits de Civilis, pour venger les infultes faites à fa patrie, font comparables à tout ce que nous lifons de plus éclatant dans ce genre (a). La Batavie, connue fous le nom de Gaule-Belgique, fuivit la deftinée de l'empire Romain, & fut à la fin expofée aux mêmes invafions, elle devint, auffi-bien que les autres Gaules, la proie de plufieurs de ces peuples conquérans qui fe mêlerent avec ceux qu'ils fubjuguoient. Au commencement de la feconde race des rois de France, la maifon Carlovingienne donnoit des loix à la Batavie, comme à tant d'autres pays qui compofoient l'empire François; mais elle en fut détachée, & c'eft la foibleffe des fucceffeurs de Charlemagne qui occafionna le démembrement de cette vafte province. Les grands en profiterent pour s'établir fur les débris de l'autorité légitime, les provinces qu'ils gouvernoient, devinrent leur patrimoine, & les titres qui ne marquoient auparavant que leurs fonctions furent confacrés à exprimer leur fouveraineté. Charles-le-Chauve, empereur & roi de France, inveftit Thierry d'Aquitaine, son parent, du comté de Hollande (b).

Les quatre duchés de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg & de Gueld es, les fept comtés de Flandres, d'Artois, de Hainault, de Hollande, de Zélande, de Namur, & de Zutphen; les cinq feigneuries de Frife, de Malines, d'Utrecht, d'Over-Iffel, & de Groningue, & le marquifat d'An

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vers, eurent chacun fon fouverain particulier. Ces nouveaux maîtres, pour s'affermir, ménagerent les peuples; ils n'avoient, pour fe faire obéir, ni les mêmes droits, ni les mêmes forces que ceux dont ils avoient ufurpé la place; l'infinuation & la douceur furent les fondemens de ces nouvelles fouverainetés ; & c'eft de ces diverfes circonftances qu'étoient nés les grands privileges dont ces dix-fept provinces jouirent. La Flandre qui avoit fait fi long-temps partie de la Gaule fous le nom de Belgium, fut dans la fuite appellée Germania inferior, parce que les Germains avoient franchi leurs limites. Ce nom de Baffe-Allemagne eft nouveau, car dans les anciennes notices & fous l'empire de Valentinien (a), tous ces pays étoient compris fous le nom de l'une & de l'autre Belgique.

Vers le milieu du quinzieme fiecle, toutes ces provinces fe trouvoient réunies fous Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne. Elles pafferent de cette branche de la maifon de France, dans la maifon d'Autriche, par le mariage de Marie, fille de Charles-le-Hardi, avec l'empereur Maximilien fon petit-fils, Charles-Quint les pofféda paisiblement.

Ce prince prenoit le titre de toutes ces provinces, & c'eft des différens titres qu'il portoit, que l'Etat formé par ces fouverainetés réunies, reçut la dénomination de dix-fept provinces des Pays-Bas. On l'appella des PaysBas, parce que la plus grande partie du territoire dont il fut d'abord compofé, eft un pays plat, plus bas que le niveau des eaux de la mer qui le baignent, & des fleuves qui l'arrofent. L'autre partie de ce territoire fut formée de provinces méditerranées & montueufes, comme le duché de Luxembourg, le comté de Namur, & quelques autres qu'on s'accoutuma à regarder comme étant dans les Pays-Bas, parce qu'elles étoient jointes à l'Etat qu'on appelloit de ce nom. Ces provinces méditerranées & montueufes font encore aujourd'hui comprises dans les Pays-Bas Autrichiens.

Après l'abdication de Charles-Quint, Philippe II, fon fils, entra en poffeffion de ces dix-fept provinces. Sept lui furent enlevées par une guerre civile qui donna la naiffance à l'Etat dont je dois expliquer ici le gouverment, Philippe II, Philippe III, Philippe IV, Charles II, tous rois d'Ef pagne, de la maifon d'Autriche, pofféderent les dix autres. Les François, par des guerres heureufes, enleverent quelques-unes de celles-ci. Philippe V cadet de la maifon de France, lequel a régné fur l'Espagne pendant les 46 premieres années de ce fiecle, ceda les autres, par les traités d'Utrecht, à l'empereur Charles VI dernier mâle de la maifon d'Autriche, après que ces mêmes traités en eurent détaché quelque légere partie en faveur de la maifon de Brandebourg. La domination des Pays-Bas eft donc aujourd'hui partagée entre le roi de France, l'empereur, le roi de Pruffe, & la république de Hollande.

(a) Qui mourut en 379.

Charles-Quint avoit gouverné avec douceur les provinces Belgiques où il étoit né; mais Philippe II, importuné des privileges que ces peuples ne cefloient d'alléguer, voulut ne faire, des dix-fept provinces dont les loix & les ufages étoient divers, qu'un feul Etat, le foumettre aux mêmes loix que les Elpagnols, & en extirper la religion proteftante qui commençoit à s'y établir. Les habitans de ces provinces gémiffoient fous un joug qu'ils déteftoient, lorfque ce prince, en voulant l'appefantir, le brifa. L'enthoufiafme d'une religion naiffante, l'ambition des grands, & le défespoir des peuples donnerent lieu à une guerre civile. L'hiftoire marque quatre causes principales de la révolution qui enleva à l'Espagne, fous Philippe II, les fept Provinces-Unies. I. Le violement de tous leurs privileges, & le féjour des troupes étrangeres, Espagnoles & Italiennes, qui furent l'inftrument de cette injuftice. II. L'érection de quatorze nouveaux évêchés ajoutés aux trois anciens, & la terreur qu'infpira l'inquifition que Marguerite d'Autriche (a) & gouvernante des dix-fept provinces des Pays-Bas, y introduifit, pour arrêter le progrès du luthéranisme. III. L'humeur impérieufe d'Antoine Perrenot, cardinal de Granvelle, premier miniftre de cette princeffe; & le peu de ménagement qu'il eut pour le prince d'Orange, pour les comtes d'Egmont & de Horn, & pour les marquis de Bergues & de Montigny. IV. Le faste infultant de Ferdinand de Tolede, duc d'Albe (b), qui fuccéda au gouvernement de Marguerite d'Autriche, les impôts accablans qu'il mit fur le peuple, l'établiffement du confeil des Douze, appellé le confeil de Sang, à cause de ses arrêts meurtriers, & les autres effets de l'extrême sévérité de ce gouverneur (c).

La nouvelle république eft fituée au milieu de l'Europe, à en prendre les extrémités à Archangel & au détroit de Gibraltar. Les provinces qui la compofent, font fituées entre le 24. & le 29°. degré de longitude, & entre le 51. & le 54. degré de latitude feptentrionale. Ces pays font contigus & bornés au midi par la Flandre, le Brabant, l'évêché de Liege, la Gueldre Pruffienne & l'Autrichienne; au levant par les duchés de Cleves & de Juliers, l'évêché de Munfter, le comté de Bentheim, & le pays d'Ooftfrife. La mer du Nord ou d'Allemagne les baigne au feptentrion & au couchant. On donne aux Provinces-Unies environ 48 lieues de longueur, depuis l'extrémité du Limbourg Hollandois, jufqu'à celle de la feigneurie de Groningue; leur largeur, depuis l'extrémité de la Hollande méridionale jusqu'à celle de l'Over-Iffel, eft d'environ 40 lieues.

Le titre de Stadthouder, aujourd'hui fi connu, n'eft pas un titre nou

(4) Ducheffe de Parme, & fille naturelle de Charles-Quint.

(b) Ce duc fit périr dix-huit mille personnes par la main-du bourreau. Intérêts des princes. (c) Grotius, Bentivoglio, le Comeftagio & Strada ont écrit cette guerre. L'on peut voir auffi les remarques de Temple, l'hiftoire de Thou, liv. XL, XLI, & fuivans & l'histoire d'Allemagne par Barre, fous les ans 1559 & 1607.

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