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La Principaute de Catalogne, pour. mieux foutenir l'engagement de V, H. P. & de la Ligue, a formé & païé pendant plufieurs années un Corps confiderable de Troupes, compofé des Regiments de la Ville de Barcelone, de la Députation, & de la Province, commandés par les Principaux de la Nobleffe; un grand nombre des milices entretenues aux dépens du Païs, a toûjours fecondé les operations de l'Armée, & non feulement les Etats de Catalogne en General, ont fourni des groffes fommes en dons gratuits, & avances volontaires; mais auffi les particuliers ont témoigné leur grand zéle en envoïant leurs Vaiffelles à la Monnoië; & quand les paiemens des Troupes Etrangeres manquoient quelque fois, par le retardement de leurs remifes d'Argent, les Communau tés ou elles étoient logées chercherent à leurs intérêts les fommes néceffaires.

La Catalogne a répandu à son attachement au Legitime Roi, & à la Ligue, beaucoup de fang dans les Actions Militaires, & fouffert des fupplices indignes dans les perfecutions criminelles, Les mal heurs de la Guerre ont entrainé dans la Province des ravages & embrafemens pi

tïables, & pendant huit ans que la guerre y dure, non feulement les Troupes Alliées ont été toûjours à couvert, dans les quartiers d'hiver, que la Province a fournis; mais auffi quatre corps d'Arméë aïant agi à l'ordinaire en. Compagne, tout ce que la nature & l'induftrie y avoient produit, fut confumé.

Le grand demembrement & les pertes des places principales de Lerida, Tortofe, & Gironne, avec d'autres de moindre con-fequence, étant furvenus, le refte, dans lequel fe trouvent les Places de Barcelone, Tarragone, Cardone, Bergue, Oftalrique, & Urgel, s'eft maintenu jufqu'à prefent, & perfifte encore dans la même fermeté inébranlable; la Nation étant determinée de de facrifier, le tout pour fatisfaire pleinement aux mouvemens de fa fidelité.

Dans les évenemens' fâcheux de la Guer re, & apres les Actions d'Almanza & de Brihuega, les Troupes Alliées ont toû jours trouvé une retraite fure, & reçu tous les accueils favorables, qu'elles pouvoient fouhaiter, dans la Province de Catalogne.

La Nation Catalane s'est pourtant en

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gagée, & fit tous les efforts poffibles, non feulement en confideration de la jufte cause, pour laquelle V. H. P. & la Reine de la Grande Bretagne s'étoient fi hautement declarés; mais auffi en regard des promeffes folemnelles qui lui ont été faites, & renouvelléés bien fouyent par les Generaux & les Miniftres d'Angleterre & del V. H. P. d'un foutien reciproque, & de retours favorables qu'elle fe pouvoit promettre de la qualité de fes fervices, rendus à la Cause commune, & je dois pren dre la liberté de mettre devant les yeux de V. H. P. avec la Copie de la Lettre, qu'elles firent l'honneur d'écrire aux Etats de Catalogne, plufieurs autres Déclarations Autentiques, afin que V. H. P. à la vuë de leurs propres affuranees & témoigna ges, regardent avec une jufte compaffion le terrible revers, auquel la Catalogne fe voit à prefent expofee, & ou elle a le plus à craindre, paree qu'elle s'elt le plus diftinguée en faveur de la Caufe Commu

ne.

Le Roïaume d'Arragon eft déja depouillé de fes Privileges, en punition de la fidelité & affection qu'il a témoignéë à fon Roi. Au Roïaume de Valence ont

été

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été pratiquées des rigueurs inexprimables;
& en Caftille même doivent être bien
fenfibles des perfecutions, que les bien in-
tentionnés ont effuiées & fouffrent encore ;
outre qu'un grand nombre de familles
de la premiere qualité, avec beaucoup
d'autres perfonnes de diftinction, Refu-
giées en Catalogne, y doivent perir entie-
rement, à moins que V. H. P. & les au-
tres Alliés ne leur procurent quelque fou-
lagement & reméde à leurs miféres.

Mais pour furcroit de Malheurs qui ac⚫ cablent ma Patrie, je trouve à mon arrivée ici, la Paix de la Reine de la Grande Bretagne & de V. H, P. faite, qui mena◄ ce la Catalogne d'une ruine & d'une perte fans refource. Elle s'attendoit avec juftice à la jouiffance d'une liberté Privilegiée, & fe voit en échange expofée à un efclavage déplorable. Aïant fuivi les exhortations & demandes de V. H. P, & des Alliés, pour être hûreufe, Elle doit craindre à prefent le fort le plus trifte; & il paroit que les aplaudiffemens que la Province avoit reçus de tous côtés, pour fa fidelité & conftance, tourneront à cette heure à fa plus grande confufion & opprelfion deshonorable.

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C'eft pourquoi prens au nom de la Province de la Catalogne, mon tres humble recours à V. H. P. qui apres avoir donné de fi grandes épreuves de leur g nerofité & bonté dans le Monde, ne pour ront regarder la condition malhûreuse à laquelle la Catalogne fe voit reduite, fans être touchées de pitié & compaffion; &je les fupplie avec une profonde veneration d'honorer de leur protection, & affiftance favorable, la Nation Catalane, dans ces preffans befoins, ordonnant aux Plenipotentiaires & Miniftres de vos H. P. au Congres d'Utrecht, d'appuïer fortement, ou il conviendra, par leurs bons offices, les interêts de Catalogne, afin qu'elle ne foit pas fi impitoïablement livrée en facrifice de la Caufe commune. Et comme ni l'honneur ni la gloire de V.H.P. ne peuvent permettre que la Catalogne foit entierement abandonnée,je me promets de leur pitié & generofité connuë, que le Traité de V.H.P. n'étant pas encore terminé avec l'Espagne, V. H. P. m'accorderont la grace, que je demande bien humblement, de leur puiffante interpofition,afin que l'honneur,& la liberté de Catalogne foit mife à couvert, & que les confolations, & foulagemens équitables

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